Journal d'Infos et Culture Libertaire,
se veut dans la continuité des fanzines, de la scène alternative et du cinéma indépendant autogéré. Il est dans la mouvance anartiste et anarcho-surréaliste.
Elle porte l’habit joyeux et déluré d’une foraine. Elle adore les couleurs, elle est un manège à elle toute seule, galvanisée par les chansons de BRASSENS
et les sketches de DEVOS.
Croyez-moi, en vous rendant au spectacle Entre copains d’abord , vous n’assisterez pas à un récital comme les autres. Vous ne vous attendez jamais à ce que vous allez entendre.
Histoire de contexte et de bascule, vous réentendez d’une oreille neuve des chansons telles que Le Gorille, Brave Margot etc. que vous croyez connaitre par cœur mais qui
résonnent comme par surprise à la rencontre du public, tandis que les histoires délirantes de Devos, bien ancrées dans la réalité, font mouche dans un dialogue effervescent entre ces deux
amis.
Elle les a dans la peau, les textes de Brassens et Devos qui ont en commun le même goût pour les mots, l’un les ensoleille de leur mystère tandis que l’autre leur jette à chaque fois un nouveau
sort.
Cela coule de source, avec une meneuse de jeu qui donne l’impression d’avoir toujours un tour à sortir de son chapeau.
Y a de la joie, pour paraphraser Charles Trenet, avec Marc Golffeder qui s’endiable au piano et Marie-Silvia Manuel qui a une pêche d’enfer et un sacré talent.
Oui Brassens et Devos sont en heureuse compagnie.
Quel bain de fraicheur en cette période de canicule ! Brassens et Devos, une grâce venue du ciel, allons donc ! N’empêche qu’ils sont toujours là !
Evelyne Trân
Le 13 Juillet 2026
Au Studio Hébertot 78 Bd des Batignolles 75017 PARIS
Du 04 juillet au 25 juillet 2026, le samedi à 16 h, le Dimanche à 14 h 30.
NB. : Marie-Silvia MANUEL et Marc GOLFEDER étaient les invités de l’émission Deux sous de scène sur Radio Libertaire 89.4 en 1ère partie le 21 Mars 2026. En podcast sur le site
de Radio Libertaire.
Passager clandestin
https://www.youtube.com/watch?v=-_DMhOfoPuw
Introduction
Wejdan Nassif, autrice syrienne, raconte la vie en exil de celles et ceux qui ont dû partir de chez eux.
Description de la Compagnie
Forte de son succès au 11•Avignon avec Après les ruines en 2024, la compagnie Pardès rimonim poursuit sa réflexion sur l’exil avec À vau l’eau.
Dans son 1ᵉʳ texte écrit en France, Wejdan Nassif, autrice syrienne, esquisse son portrait et ceux de ses voisins de quartier, réfugiés palestiniens, soudanais, ivoiriens… Elle raconte la vie en
exil de celles et ceux qui ont dû, un jour, partir de chez eux – leurs difficultés, leurs joies.
Sur scène, leurs témoignages enregistrés se mêlent aux musiques de Lionel Marchetti et disent leurs histoires de vies à reconstruire, de langue à apprivoiser, de sécurité
retrouvée. Amandine Truffy incarne Wejdan et trace au sol la carte vivante de ces trajectoires, dans une scénographie captivante de Goury, qui se déploie en
direct au fil des récits.
Équipe artistique
Mise en scène : Bertrand Sinapi
Amandine Truffy / avec les voix d’Ablema, Anwar, Interprétation :Elisabeth, Irfan, Jamal,
Rafiq, Shahid, Wacila, Wejdan et les enfants de l’école des 4 bornes –
Musique : Lionel Marchetti
Scénographie : Goury
Lumière : Jeff Metten
Inès Kaffel – Production
Catherine Guizard – Presse
Jean-Luc Weinich – Diffusion
C’est à un moment de recueillement, oui loin du bruit, que nous convie la comédienne Amandine Truffy pour laisser passer les voix de ces personnes qu’on n’entend guère et que
l’on étiquette sous le nom de réfugiés.es.
Avec délicatesse, le musicien Lionel Marchetti et la comédienne qui interprète Wejdan, (l’auteure du livre À vau l’eau dont est adaptée la pièce éponyme), recréent un
espace intime permettant la circulation de témoignages sans fioritures, tout simplement humains. Et dans la semi-obscurité de la scène, ces voix qui viennent des quatre coins du monde, résonnent
d’autant plus. Dès lors, nous sommes amenés à penser que ces voix sont parmi nous.
Ce spectacle est destiné à nous sensibiliser sur toutes ces histoires de vie qui soutiennent ces visages « étrangers » que l’on peut croiser dans la rue, dans le métro, qui travaillent
aussi…
Un beau spectacle qui rassénère l’esprit. Oui, on peut écouter les autres, ces « étrangers » sans commisération. Souvenez-vous du poème de Jacques Prévert Étranges étrangers, il illustre
fort bien À vau l’eau de Wejdan Nassif.
Evelyne Trân
Le 7 Juillet 2026
Au Festival off d’Avignon 2026
au Théâtre 11, 11 Bd Raspail 84000 Avignon
du 4 au 23 juillet 2026, à 15 h 45, durée 1 heure. Relâche les 10, 17 juillet.
Passager clandestin
Introduction
Une autopsie magistrale de la délation
Description
Deux hommes dans un bar.
Une étrange serveuse les observe.
Un commissaire (de police) a convoqué un rapporteur (balance, taupe, indic)…
L’interrogatoire vire rapidement à la confrontation ; la confrontation à l’affrontement.
Une triangulaire silencieuse se met alors en place.
Un moment kafkaïen hors du temps aussi glaçant que savoureux.
Équipe artistique
Mise en scène : Alexandre Tchobanoff - Mise en scène
Interprétation : Stéphane Bierry, Yann Collette , Prisca Lona
Le descriptif de l’équipe artistique résume fort bien notre sentiment global sur ce "Circuit ordinaire" qui pourrait nous faire penser à un des films de Costa-Gavras. Mais ici
pas de bon d’un côté et de l’autre un méchant, mais deux individus qui se valent moralement, pour autant que la morale puisse faire partie de leurs valeurs.
Pas de morale, cela donne la ton et l’ambiance d’un huis clos où sur le damier, chacun enfonce ses meilleures pièces, chacun son tour comme dans un jeu d’échecs.
En piste d’un côté un dénonciateur réputé et de l’autre un commissaire qui entend lui fait subir un interrogatoire suite à une dénonciation anonyme - de fait toutes tes dénonciations sont
anonymes - qui accable ledit dénonciateur.
Jean-Claude Carrière semble avoir pris un malin plaisir à mettre en scène deux individus qui n’ont que leur légitimité à défendre celle de commissaire ou celle de rapporteur pour
asseoir leur sentiment d’existence, et sans la menace qui gronde celle d’être éliminé à son tour après avoir assumé en son temps son rôle de dénonciateur ou d’éliminateur, engloutis par leur
routine et leurs paperasses demeureraient invisibles.
Un jeu de pistes donc, car au premier abord, le dénonciateur a l’air fatigué, il a un côté servile allant jusqu’à ramasser parterre l’objet que le commissaire tout à son arrogance a
volontairement laissé tomber. Mais dans ce jeu de dominé/dominant, la roue tourne très rapidement.
C’est une vision très noire de l’humain que nous offre Jean-Claude Carrière. Le comédien engagé Yann Collette dans sa note d’intention déclare que "le climat politique actuel
a des relents de 2002 en pire ". Quant au metteur en scène, Alexandre Tchobanoff dédicataire de la pièce pense que "La manipulation et la délation ordinaires sont un
grand chapitre de notre Humanité." Il se sent légitime au regard du sujet traité "J’ai vécu les trente-six premières années de ma vie (de 1953 à 1989) en Bulgarie alors sous régime
communiste — ; et la montée en puissance des extrêmes depuis plusieurs décennies".
La mise en scène au cordeau fait planer une atmosphère mortifère. Nous sommes dans un bar pourtant mais la serveuse, Prisca Lona, qui assiste à l’affrontement entre le rapporteur
et le commissaire, est muette, totalement énigmatique.
Le cynisme du personnage campé par Yann Collette est effrayant. Il se présente comme un champion de la délation et il jouit de sa capacité à faire tomber les plus grosses têtes à
coup de dénonciations calomnieuses et toujours anonymes, stipulant qu’il est plus facile de croire au mensonge qu’à la vérité. Quant au commissaire, Stéphane Bierry, qui finit
par comprendre qu’il sera de toute façon victime à son tour de ce rapporteur devient la souris entre les pattes d’un chat particulièrement mauvais.
La pièce impressionne et fait réfléchir. Elle fait frémir naturellement parce qu’elle nous renvoie une image de ce que nous pourrions devenir dans un régime totalitaire où la peur et le
sauve-qui-peut dicteraient nos actions jusqu’à - comme récemment pendant le covid - ne pas avoir honte d’aller dénoncer son voisin.
Un spectacle à ne pas manquer où l’écriture de Jean-Claude Carrière, l’efficacité du metteur en scène et l’excellence des comédiens font cause commune pour alerter sur les
valeurs de la démocratie toujours en danger.
Le 22 juin 2026
Evelyne Trân
Au Festival d’Avignon off 2026 au Théâtre du GIRASOLE 24 Bis rue Guillaume Puy 84000 AVIGNON
du 3 au 25 juillet 2026 (relâche les 8, 15, 22 juillet) à 13 h 35.
Et si le motif de sécurité publique servait désormais de censure interdisant l’expression des habitantes et des habitants de ce pays ? Nous le savons déjà dans les dictatures comme la Russie, voire aux Etats-Unis mais dans ce « doux pays des droits de l’homme », la France, on ne peut être que choqué. Cela dit lorsque le Parti socialiste invite dans son think tank, le préfet de police célèbre pour la répression des manifestations, tout est possible !! Et pitoyable. En 2023, Théo Boulakia et Nicolas Mariot publiaient L’attestation, Une expérience d’obéissance de masse, printemps 2020 Anamosa, 2023. Ils relevaient que les outils de surveillance se perfectionnaient. Sebastian Roché et François Rabaté dans La police contre la rue chez Grasset, 2023 dressaient un tableau sévère de la répression et de l’utilisation des « forces de l’ordre ». Ces ouvrages ont été présentés dans la chronique Des idées et des luttes sur le site du Monde libertaire.
Lucas Lévy-Lajeunesse, au nom de la Ligue des droits de l’homme, enfonce le clou dans Faire taire la rue, le cas de l’interdiction des manifestations
de soutien à la cause palestinienne paru aux éditions du Bord de l’eau. L’ouvrage est riche, dense d’informations pertinentes et d’arguments juridiques, un outil précieux pour les militants
qui entendent défendre la liberté d’expression (articles 10 et 11 de la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen de 1789).
Possible de militer, possible de gagner ?
Songeons que le nombre d’arrêtés d’interdiction de manifester est passé de 6 en 2016 à 370 en 2022 (source : rapport de la Cour des comptes, Les forces mobiles, 2024). Et lorsque les
manifestations sont autorisées, le lecteur pourra constater la brutalisation de la répression.
Pourtant la jurisprudence administrative, les décisions rendues par les juridictions, pose le principe de la liberté et l’interdiction ne serait que du domaine de l’exception. Elle souligne aussi
que les autorités de police administrative doivent prendre des mesures assurant la liberté d’expression. Et ce dès les grands arrêts du Conseil d’Etat des années 20-30. Or depuis plusieurs
années, les préfets se contentent d’interdire sur la base de prétextes, de considérants aussi généraux qu’inefficaces. Le juge administratif, lorsqu’il est saisi, annule souvent ces arrêtés, mais
le mal est fait, la manifestation n’a pu se dérouler dans le respect du droit.
De l’ordre public à l’ordre moral?
Lucas Lévy-Lajeunesse s’appuie sur une étude de cas, la cause palestinienne, pour contribuer à outiller les militants et les militantes souhaitant défendre les droits et les libertés. « Les
dynamiques de fascisation actuellement à l’œuvre, si elles sont reconnues comme telles, peuvent être affrontées et vaincues avant que la bascule soit consommée. Puisqu’il est encore possible de
militer, il est encore possible de gagner. » C’est sans doute le point le plus intéressant de l’ouvrage que de montrer le risque quant aux libertés. Quand les autorités s’appuient sur des
arguments flous comme l’ordre public immatériel, l’ordre moral n’est pas loin. Les arrêtés sont adoptés en fonction des opinions de leurs auteurs, on peut aussi relever le peu de cas dont ils
font preuve à l’égard des juges, du Défenseur des droits. Les propos, vous les retrouvez dans le livre, eux-mêmes issus parfois des débats parlementaires. Nous passons d’un régime de déclaration
à un régime d’autorisation de l’expression. C’est une régression du droit administratif. Le droit au recours est peu efficace car la décision d’interdiction de la manifestation peut être prise
deux heures avant le début de la manifestation, il est trop tard pour exercer un référé-liberté. Tout le monde le sait et les autorités en jouent impunément. « La plasticité de la notion
d’ordre public permet à l’administration d’en déplacer progressivement le champ d’application, en désertant le domaine de la protection des libertés publiques au profit de perspectives plus
policières. » Voire à des fins politiques.
D’insensiblement à sensiblement, les libertés publiques sont menacées. La Ligue des droits de l’homme créée en 1898 retrouve toute sa fonction et l’auteur de l’ouvrage démontre,
au fil des arrêtés et décisions de justice, avec sérieux et précision, l’urgence à intervenir.
• Lucas Lévy-Lajeunesse
Faire taire la rue
Ed. Le Bord de l’eau, 2026
Jacques Leclerc poursuit son riche et érudit travail de d’information sur l’extrême droite. Après avoir publié un Dictionnaire de la mouvance droitiste en 2008, Droites Conservatrices nationales et ultras en 2010. De la droite décomplexée à la droite subversive en 2012, Néonazis et ultradroite en 2015 et La menace d’ultradroite en France en 2024, il revient avec un nouveau travail tout aussi riche sur ces mouvements.
Après un chapitre de contextualisation historique, il dresse un panorama des différents groupes d’extrême droite, souvent dissous et souvent reconstitués
sous un autre nom. Il montre que le nombre de groupes grandit sans cesse.
Il rappelle ensuite que le terrorisme d’extrême droite constitue l’une des principales menaces. Des réseaux sont constitués et importants. Ils peuvent, comme il le souligne, s’appuyer sur une
nébuleuse de mercenaires pratiquant souvent le survivalisme. L’ultradroite peut s’appuyer sur des oreilles attentives et prêtes à l’épauler, développe ou reprend de nouveaux concepts
suprémacisme, guerre ethnique, masculinisme exacerbé.
Elle s’appuie sur des réseaux variés comme les clubs de sport d’une part, mais un terrain culturel qui se développe à travers un nombre de plus en plus important de librairies d’autre part.
Cette étude minutieuse et salutaire présentée sous la forme de fiche et de mise en perspective historique un outil utile pour mesurer l’ampleur du phénomène.
La nouvelle ultradroite française
Actions directes, réseaux, acteurs
Jacques Leclerc
L’Harmattan 2026 280 p. 29 €
Trois récits graphiques viennent, chacun à leur manière, illustrer la mise en œuvre de l’histoire et de la transmission mémorielle.
Hervé Duphot met en bulle le journal de Georges Horian-Koiransky qui a rédigé, après avoir été libéré du camp, des carnets et des planches dessinées sur son internement pendant plusieurs mois le camp. En 1946 il publie à compte d’auteur son témoignage et ses carnets qui ne sont pas lus. Ils sont découverts dans les années 1980 et ont été exposé au mémorial de la Shoah il y a une dizaine d’années. Georges Koiransky a été arrêté en 1942 ces proches arrivent à le faire déclarer non juif et libéré. Il rentre alors dans le mouvement de Résistance Libération Nord sous le nom d’Horian. Il avait promis au cadet de Léon Blum, René, de témoigner. Ce qu’il fit à la fin de la guerre. Le retour de la mémoire dans les années 1970 -1980 a permis de redécouvrir ses carnets et ses dessins. Un travail remarquable de minutie et de précision parfaitement illustré par Hervé Duphot.
Lili Keller est née en 1932 à Croix. Cachée pendant la guerre, elle a été arrêtée avec sa famille en 1943. Internés en Belgique, la mère et ses enfants sont déportés à Ravensbrück puis transférés à Bergen-Belsen. Son père est fusillé à Buchenwald. Ce récit graphique très réaliste évoque également la libération du camp, la maladie de la mère, l’attente à l’hôtel Lutetia. La guerre finie, malgré la douleur et les souvenirs, la vie reprend. Jusqu’au jour où Lili décide de témoigner devant les élèves de l’expérience concentrationnaire. Le bédéiste entreprend alors de se mettre en scène pour expliquer comment il a choisi de réaliser ce récit et expliquer sa propre volonté de transmettre, celle-ci lui ayant été elle-même transmise par son ancien principal de collège, Paul Morin, ancien résistant déporté à Dachau. Une remarquable mis en perspective et une excellente réalisation graphique.
Parallèlement, Astrid Goldsmith illustre avec humour la difficile transmission de la mémoire familiale et les relations entre les parents et les
enfants. Gisela la grand-mère de l’autrice décède. L’un de ses fils Jonathan, père de la narratrice, sa petite fille doivent vider l’appartement, qui regorge de souvenirs souvent enfouis dans la
mémoire familiale. Il confronte et parfois explique la rudesse de la grand-mère, qui a peu évoqué son enfance allemande et sa fuite en 1939 vers l’Afrique d’abord puis l’Angleterre. La
matérialité évoque les souvenirs qui s’entrechoquent avec le contemporain. Astrid prend conscience tout en vivant dans le présent et refusant qu’il ne le justifie.
• Le dessinateur de Drancy
Hervé Duphot
Delcourt 2026 144 p. 19,5 €
• Lili Toujours debout jusqu’au bout !
Boris Golzio, Liii Keller Rosenberg
Glénat 2026 248 p. 25 €
• Le Vase de Cristal
Astrid Goldsmith
Steinkis 2026 202 p. 22 €
Un titre des plus sobres : L’Accusé. Une couverture avec le portrait de Staline. Alexandre Weissberg-Cybulski nous
entraîne sur près de 600 pages dans les méandres de la police et de la « justice » de l’URSS stalinienne. Reprenons la dédicace :
« Le despotisme sombrera.
La liberté renaîtra au pays des Soviets.
Les bannis reviendront des camps de l’océan Glacial Arctique.
Mes camarades – les hommes de la grande Purge – ne seront pas de ceux-là.
C’est à leur souvenir que je dédie ce livre. »
Le lecteur pourrait considérer que tout est dit en ces quelques mots. La préface d’Arthur Koestler fait évidemment écho au livre de ce dernier, Le Zéro et l’infini
réédité chez Calmann-Lévy, mais aussi à celui de Jacques Baynac, La Terreur sous Lénine, ce dernier publié aux éditions de l’Echappée.
L’intensité du témoignage
Ce qui va distinguer L’Accusé des deux autres, c’est sa force, son intensité du témoignage. Ce n’est pas un roman, ce n’est pas un essai, ce n’est pas un reportage.
Alexandre Weissberg-Cybulski décrit ce qu’il a vécu. Il devait rechercher en lui-même des crimes qu’il n’avait pas commis. Accusé d’appartenir au « bloc boukhariniste », il devait assassiner
Staline, faire sauter des usines à Kharkov et bien d’autres actes délirants. Mais il réussit à tenir et, à défaut de le faire disparaître physiquement, les responsables des « isolateurs
politiques » s’en débarrassèrent. Nous rentrons dans la grande Purge, la TCHISTKA. Des hommes, des femmes sont victimes d’accusations fallacieuses. On incarcère en masse et chacun se rappelle des
grands procès : en 1937, Zinoviev, Kamenev, Radek, en 1938, Boukharine. Dans la foulée, on arrête les opposants : anarchistes, trotskistes, mencheviks, puis les jeunes, des individus au sein du
parti. Une frénésie de l’arrestation. Il faut faire du chiffre !! « Ils venaient de perdre leur liberté parce que trente ans auparavant on les avait vus dans des formations
révolutionnaires qui n’étaient pas la petite organisation bolchevique. […] Ils avaient aimé la liberté et peut-être l’aimaient au fond de leur cœur. Du moins le
dictateur pouvait-il redouter. Le despotisme stalinien n’avait nul besoin de combattants de la liberté. Il fallait les écarter, et on les écarta. » Et puis tout le monde pouvait y
passer, la censure était permanente. On livrera même des Allemands communistes au régime nazi.
Etrange, un étranger !!!
Alexandre Weissberg-Cybulski dresse une analyse implacable de la société soviétique. Pourtant, il y croyait à cette lumière qui se levait à l’Est. Autrichien, il intègre cette société, offrant
ses compétences scientifiques et techniques à la patrie du communisme. Etrange, un étranger, il sera sur la liste des suspects. Arrêté, perquisitionné, interrogé, vous lirez les méthodes
spéciales, perverses du NKVD pour faire avouer l’inavouable car les faits n’existent pas, les coupables doivent les inventer… il ne fallait parler à personne… Un mot maladroit et la mécanique de
la dénonciation est en route. Quelle pitié que ces pauvres dénonciateurs, surtout les codétenus, éliminés plus tard. Il tient, Alexandre Weissberg-Cybulski, sous la violence des mots, des gestes,
de l’emprisonnement, le délire des accusations. « Les expériences des deux derniers mois avaient durci ma résistance. Je ne me faisais aucune illusion sur l’appareil de l’Etat.
» En résistant aux interrogatoires, il avait le sentiment de mener une lutte politique. « Le socialisme ne vaincrait que lorsque cet appareil aurait sauté.
»
Le récit adopte un style haletant. Va-t-il avouer ? Je vous laisse découvrir cette procédure hors de toute humanité. Et puis, un constat étonnant, voici que des tchékistes sont emprisonnés…
Est-ce que le vent tournerait ? Début décembre 1938, les détenus apprennent que le responsable de la Purge, Iejov est relevé de ses fonctions de Commissaire du peuple aux Affaires intérieures, il
sera éliminé car il avait fini de jouer son rôle. Grâce à de nombreuses interventions internationales comme un appel de Einstein, un autre du couple Joliot Curie, Alexandre Weissberg-Cybulski est
libéré et renvoyé en Occident. Notons que d’autres détenus en raison de leur nationalité européennes ont pu quitter cette folie. Je souligne le cas d’un d’entre eux, recevant Alexandre
Weissberg-Cybulski chez lui en Grande-Bretagne. Dans leur unique échange, il refuse de dénoncer le régime stalinien. Pour lui, ce serait rejeter tous ses espoirs, ses idéaux. Les effets d’une
dictature même après la mort du dictateur, de Staline.
• Alexandre Weissberg-Cybulski
L’Accusé
Ed. Les Belles Lettres, 2026
L’ouvrage d’Emmanuelle Saada est une monumentale synthèse qui embrasse la période allant du XVe siècle à aujourd’hui. En 7 chapitres thématiques, elle montre non seulement comment s’est opérée la colonisation, mais aussi comment les peuples colonisés d’abord l’ont parfois refusée, s’y sont adaptée puis l’ont rejetée. Elle rappelle que la colonisation a procédé d’un processus de découverte puis de barbarie, les « sauvages » n’étant pas les vaincus… Néanmoins, si certains ont voulu connaître le monde colonial, leur désir a été récupérer dans une volonté de soumettre, de dominer et d’exploiter. L’ouvrage rappelle ainsi que la colonisation loin d’être un projet d’émancipation a généré misère et asservissement.
La colonisation ou plutôt son héritage occupe une place importante dans le dictionnaire de Jean-Sylvestre de
Mongrenier. Il s’agit d’abord y avant tout d’y voir des rapports de force de puissance à puissance. L’analyse géopolitique contemporaine analyse aussi les questions environnementales, les enjeux
économiques et. Sociaux de la mondialisation. L’auteur propose une liste impressionnante de concepts permettant de se repérer dans l’histoire et la quasi-géologie des comités et conférences qui
ont pensé les transformations contemporaines. Il souligne que si le bouleversement des grands équilibres a commencé entre 1979 et 1991, les soubassements sont bien antérieurs. Si les années 1990
ont soulevé un espoir de liberté, force est de constater que depuis les années 2010, c’est un vent contraire qui souffle sur le monde.
Le lecteur amusé peut également découvrir un sens original au mot d’anarchie formé par le politiste américain Robert Kaplan expliquant que l’anarchie est un monde déstructuré venu d’un grand
bouleversement géopolitique…
Histoire et colonisation
Emmanuelle Saada
Gallimard 2026, 480 p. 25 €
Dictionnaire de géopolitique du monde occidental
Jean-Sylvestre de Mongrenier
PUF 2026, 814 p. 32 €
Comme une ombre sinistre qui enveloppe l’Espagne après la victoire de Franco sur la République. Afin
d’annihiler les espoirs du peuple, de la démocratie. Les franquistes, la Phalange organisent l’exhumation du corps de José Antonio Primo de Rivera et sa translation d’Alicante jusqu’à Madrid.
Comme un châtiment pour les rouges, comme une exaltation pour la réaction fasciste. S’inspirant des cérémonies nazies, les organisateurs prévoient une traversée de l’Espagne du cercueil porté par
des hommes de la Phalange, au pas, de jour comme de nuit, à la lueur des torches, accompagnés de chants, l’Eglise reprenant espoir, la bourgeoisie soupirant de soulagement. Et pendant ce temps,
les prisonniers républicains, les familles, les exilés souffrent, attendent le châtiment promis par la haine des possédants.
C’est ce parcours que nous fait vivre Paco Cerdà, « la cérémonie la plus invraisemblable de l’Histoire de l’Espagne contemporaine […] Le plus
grand culte de ce siècle dédié à un défunt politique en Europe occidentale, 467 kilomètres à parcourir au pas martial de la Phalange. » Lui, le mort, fusillé le 20 novembre 1936. Il servira
de symbole, de propagande pour asseoir le récit d’une nouvelle Espagne. La dramaturgie est à son comble dans le livre de Paco Cerdà, Présents publié chez Gallimard. Présents, Le cri des
acteurs de cette procession.
Ce livre est d’une grande puissance, d’une force stylistique, il fait écho évidemment à de nombreux livres que j’ai présentés dans l’émission Au fil des pages sur Radio libertaire et cette
chronique Des idées et des luttes sur le site du Monde libertaire. Je songe aussi à toutes celles et tous ceux qui subirent la sauvagerie des troupes chargées d’écraser des révolutions,
la Commune de Paris de 1871 en tête. Certaines pages se font miroir. Une forme de mémoire des vaincus pour reprendre le titre du livre de Michel Ragon.
Nous allons revivre les jours de ce parcours depuis le 20 novembre 1936. Le pays est saccagé par la guerre initiée par des soldats rebelles avec l’aide des fascistes italiens et des nazis, la
peur est dans les esprits et les cœurs des vaincus craignant d’être dénoncés. Le corps du fondateur de la Phalange passe et écrase cette Espagne rouge. Où est-elle cette Espagne ? Paco Cerdà
alterne les chapitres de la procession et les lieux de survie des républicains battus, humiliés.
L’honneur et la valeur des idées des vaincus
Certains ont pu passer les cols et se retrouvent dans les camps de concentration d’Argelès, du Barcarès… Il leur reste l’honneur et la valeur de leurs idées.
D’autres prisonniers doivent exécuter les travaux forcés, reconstruire le pays, les routes. Ils ne valent rien aux yeux fascistes. 90 000 « mules » dont nombre d’entre eux mourront. A eux aussi,
il leur reste l’honneur et la valeur de leurs idées.
Heureusement des bateaux ont pu évacuer les populations, car dans les villes prises, on fusille. La comparaison avec les nazis est éclairante, il faut épurer les bibliothèques. Eliminons
Voltaire, Gorki, Lamartine et même La république de Platon, on traque tout ce qui est suspect et des autodafés réduisent en cendres des livres, des journaux, des vecteurs de la réflexion
humaine.
La marche inexorable se poursuit, Présent, le cri phalangiste dans les villages et villes, tel Mota del Cuervo, traversés, la peur de la dénonciation. Que faisait et disait l’instituteur ou le
maire pendant la république ?
Et les instits anarchistes ? Ont-ils suivi Malatesta, Ferrer, Urales, Bakounine ? C’est suffisant de trouver ces livres dans leur bibliothèque. Au mur !
Propagande, le corps a joué son rôle
La sauvagerie des troupes franquistes sera dénoncée par Georges Bernanos dans Les grands cimetières sous la lune. A relire. Monarchiste en France, il voit à Valdemoro, dénonce les
massacres et sera rejeté par la droite.
Enfin le corps arrive à Madrid. Le gouvernement est au grand complet, place d’Espagne. Le corps a joué son rôle. Maintenant c’est au tour du Caudillo Franco.
Ne croyez pas que les vaincus ont disparu. Ils se cachent, certains deviennent maquisards, agissent telles des taupes. Voilà les deux faces du livre, d’un côté, l’alliance du sabre, de la
violence, du goupillon, l’Eglise, de l’argent, la bourgeoisie, de l’autre, l’espoir, la fraternité, les rêves d’un monde meilleur que la procession ne parviendra pas à occulter.
• Paco Cerdà
Présents
Ed. Gallimard, 2026
Pour comprendre la révolution anarchiste espagnole
Aborder l’anarchisme espagnol et la révolution de 1936 en 200 pages relève de la gageure mais Claudio Venza réussit à nous guider dans les évènements, rappelant les origines, les évènements et
les réalisations de ce mouvement dans son livre L’anarchisme espagnol entre pouvoir et révolution, réédité par Atelier de création libertaire. Il pose aussi nombre de questions que les
lectrices et lecteurs pourront approfondir par d’autres ouvrages et leur propre analyse. Pour Laura Vicente, dans sa préface, ce qui caractérisait l’auteur, « c’est son goût pour le partage
et le débat d’idées, ainsi que la recherche d’espaces militants qui lui permettaient de développer une pratique enrichissant et transformant les idées assimilées depuis son plus jeune âge
».
Les deux premiers chapitres tracent un parcours depuis 1868 jusqu’à 1936 afin de comprendre le solide enracinement du mouvement anarchiste et les
contraintes sociales de la révolution. L’arrivée de Giuseppe Fanelli, émissaire de Bakounine développe les thèses fédéralistes de Proudhon. Le terrain est favorable à l’anarchisme qui porte un
intérêt particulier au monde agricole à la différence des marxistes emmenés par Paul Lafargue. La diffusion de la culture par les athénées, le renforcement de l’enseignement par les méthodes
innovantes de Francisco Ferrer, le développement de la CNT, la création de la FAI en 1927 contribuent à implanter le mouvement. Les grands débats de la 2de république traduisent les oppositions
de l’armée, de l’Eglise à toutes évolutions comme la situation des femmes, la misère rurale, l’autonomie de la Catalogne. La réforme agraire, les luttes syndicales montrent l’existence de deux
Espagne.
Agir sous la menace ?
Claudio Venza rappelle le débat sur la participation aux élections et un soutien minimum au Frente Popular. Il analyse les enjeux débattus au congrès de la CNT de Saragosse en mai 1936
avec des propos d’une grande actualité de nos jours, par exemple sur la religion. L’arrivée du coup d’Etat n’est pas vraiment une surprise, il se prépare, il s’annonce. Les anarchistes sont en
première ligne et ce sera un enjeu permanent que d’être au front et de tenter de mener des réformes révolutionnaires, enjeu que nous avons constaté pendant la Commune de Paris ou la
Makhnovchtchina. Des comités antifascistes se créent et région par région, l’auteur nous présente les rapports de force en Aragon, Asturies, Murcie…
Evidement un grand débat est bien celui de la participation au gouvernement. Dedans ou dehors, nous retrouvons les éléments du débat. En parallèle, quel engagement militaire ? Peut-on parler
d’anarchomilitaristes ? Sur la ligne de front ou en guérilla derrière les lignes ? Intégrés à l’armée républicaine ou en parallèle ? Quid de la colonne Durutti ?
Pendant ce temps, l’autogestion s’implante avec les communautés paysannes, dans les usines, malgré les réticences gouvernementales. Claudio Venza en décrit le fonctionnement. L’organisation
Mujeres libres occupe une place importante.
L’offensive fasciste gagne du terrain, et le poids des staliniens aboutit aux évènements de Barcelone en mai 1937, aux arrestations des anarchistes, des membres du POUM, avec l’assassinat
notamment de l’anarchiste italien Camillo Berneri, du responsable du POUM, Andreu Nin.
Compromis, compromission ?
Dans ces moments complexes, des anarchistes intègrent le gouvernement et l’auteur dresse un bilan de l’action de Juan García Oliver (Justice), Joan Peiró (Industrie) et Juan López Sánchez
(Commerce), Frederica Montseny (santé). Les débats quant à leur participation furent intenses. Les combats au front, les rivalités traduisent la fin inexorable de la République. Le plénum
national de la CNT de septembre 1937 conduit à une révision des principes, au centralisme, au rapprochement de la CNT et de l’UGT. Claudio Venza évoque le chaos de la fin. Après la
Retirada, l’héroïsme impuissant dans les combats face à un ennemi organisé et puissamment armé, « il est clair que le mouvement anarchiste espagnol, et le mouvement anarchiste
mondial par conséquent, ne sera plus le même après ces trois années dramatiques d’une histoire bouleversante. »
• Claudio Venza
L’anarchisme espagnol entre pouvoir et révolution
Ed. Atelier de création libertaire, 2026
Encore une biographie consacrée à Séverine ?
Certes mais celle-ci met en valeur la technique journalistique de la grande journaliste Séverine, sa passion pour la presse au service du peuple. Le livre s’ouvre sur le drame de l’Opéra de Paris
en feu. Dans la soirée du 25 mai 1887, un cri retentit sur les boulevards : « Le Comique brûle ! » Séverine a 32 ans, elle va dans les jours suivants se rendre sur place pour un article
traduisant la fournaise, les souffrances. C’est son style, sa méthode, elle n’écrit pas en chambre. Reprenons le constat de Séverine Garnier, auteure du livre Séverine, une journaliste pour le peuple : « Le reportage de Séverine « à l’intérieur » sera un coup de poing pour les lecteurs et lectrices qui suivent l’affaire jusqu’au procès des responsables. Car pour
le public comme pour elle, il n’y a qu’une question : « Qui a tenu les portes closes ? Qui est l’assassin ? »
Rien ne prédestine Séverine au journalisme. Elle est élevée comme une oie blanche, ignorant tout de la vie. Pendant le siège de Paris de 1870, elle est
quasi séquestrée dans une institution religieuse stricte. A la fin de la Semaine sanglante, elle observe Paris en feu depuis le pont de Charenton. Puis on la marie. Sa nuit de noces constitue un
cauchemar dont elle donnera tous les détails. Enceinte, elle garde l’enfant mais ne s’en occupera pas. Restons dans le parcours journalistique de Séverine. Elle croise Jules Vallès à Bruxelles et
ne paraît guère émue par lui qu’elle trouve « laid, sombre et bien vieux ».
Enfin, 1880, l’amnistie est proclamée. Vallès est à Paris, retrouve la jeune femme qui s’y ennuie ferme. Il lui propose de venir travailler avec lui en la prévenant : « Je ne suis pas un
homme commode vous savez. Vous en passerez de grises et vous entendrez de vertes ! Mais on arrivera peut-être à faire quelque chose de vous. » Elle relit et corrige ses articles, écrit une
pièce à quatre mains. Il invite sa « chère camarade » comme il l’appelle à venir à dîner avec ses amis révolutionnaires. « Mes amis sont des purs […] Faites-moi l’amitié de venir
TRES SIMPLE. »
Après une tentative de suicide, Séverine s’émancipe du poids des parents. Elle est constamment présente dans le quartier du Croissant, celui de la presse. Vallès est exigeant, car il sait que le
temps lui est compté pour transmettre à sa protégée « tout l’alphabet de la Révolution ». il part pour Londres y écrire les chapitres de La Rue à Londres. Elle proteste devant la rudesse
de Vallès.
La relance du Cri du Peuple
Et surtout, ils vivent la relance du Cri du Peuple, le plus grand tirage pendant la Commune. Elle en modernise la forme. Vallès entend accueillir toutes les sensibilités. « C’est la
Fédération de tous ceux qui sont, de par l’organisation capitaliste, exploités et estropiés, jetés dans le malheur et dans le mal. » Tant qu’il est présent, son autorité l’emporte et
personne n’ose contester Séverine publiant son premier article le 23 novembre 1883. Jules Vallès décède le 14 février 1884. Elle s’affirme comme la gardienne du temple, mais d’autres têtes se
lèvent dans la rédaction surtout un certain Jules Guesde dont Vallès constatait le sectarisme. La rivalité se développera entre Séverine et Guesde. Comment une femme à la tête d’un journal ? Elle
gagne une première manche mais la cohésion de la rédaction sera remise en cause. Guesde se désolidarise de la ligne du journal. Lissagaray n’osait affronter Vallès, il ne se gêne plus dans son
journal La Bataille. Le 1er février 1887, elle devient directrice du journal. Ces pages sont passionnantes, elle a le journal dans sa personne, elle le vit. « Chaque article est
l’occasion de faire entendre sa voix singulière et de faire la preuve de son style : mélange extraordinaire d’une pensée construite et argumentée, d’un vocabulaire riche et imagé, d’une gouaille
et d’interjections empruntées à la rue. » avec deux doigts de lyrisme quand elle parle du peuple. Comme Vallès !!
Partout dans la presse
Elle diversifie ses publications et écrit par exemple dans Le Gaulois. Lasse des rivalités, elle quitte Le Cri du Peuple le 29 août 1888. Cependant elle continue à écrire pour
et sur ce peuple. Il faut lire la descente dans la mine, le drame de Saint-Etienne.
Nous voyons sa signature dans Gil Blas, Le Figaro, La Libre Parole (elle aurait pu éviter). Elle participe avec un grand enthousiasme au lancement du journal La Fronde avec
Marguerite Durand (Lucie Barette, Marguerite Durand, Lutter par la presse, Ed. Les Pérégrines, 2025). Son engagement lors de l’affaire Dreyfus rachète son erreur liée au général
Boulanger. Et puis le temps passe, elle se retire dans sa maison de Pierrefonds dans l’Oise. La grande journaliste s’y éteint le 23 avril 1929. Mais ses idées, sa liberté de parole, sa liberté de
mœurs sont d’une immense modernité. « La liberté sans rivages » comme l’exigeait son mentor, Jules Vallès.
• Séverine Garnier
Séverine, Une journaliste pour le peuple
Ed. Les Pérégrines, 2026
ont le plaisir de vous annoncer la parution de :
Compagnes & Compagnons d’hier
Julien Caldironi
disponible à Publico depuis le 12 Juin 2026
Voilà l’occasion rêvée pour les anarchistes de se réapproprier leur histoire, avec sa grande hache, selon l’expression convenue. Celle dont se sert Julien
Caldironi dans ce malicieux recueil de petits bijoux de littérature policière, coupe net et précis, ce n’est rien de le dire !
Jusqu’à l’écriture de ce livre, qui se souvenait que les ardoisières de Trélazé abritaient, avant la première guerre mondiale, au grand dam du patronat local, une extraordinaire pépinière de
militants anarchistes ? Que les rapports du zélé commissaire spécial Clément désignaient la commune comme la capitale mondiale de l’anarchisme rapportée au nombre d’habitants ? On le sait mieux
désormais !
Qui connaît encore les noms de militants comme Séraphine Pajaud, conférencière trimardeuse, Louis Hinglois, Célestine Houassin, Laurent Houlbeau, son compagnon, dont le destin prouve que les
violences policières sont nées avec la police ? La liste est naturellement non exhaustive...
Qui peut se remémorer le déroulement houleux des défilé du premier mai et des réunions publiques à Angers, où la calotte régnait en maître et entendait bien faire taire tout discours divergent ?
La ressemblance avec nos nazillons actuels s’impose d’emblée au lecteur, tant leurs arrangements avec la vérité des faits trouveraient aisément leur place dans les empires médiatiques du 21è
siècle…
Une certitude s’impose à la lecture de ce livre : la surveillance politique n’a pas attendu les big data et l’intelligence artificielle pour être d’une redoutable efficacité.
Mais ce que n’avait pas prévu le commissaire spécial Clément, c’est que sa prose ramènerait à notre souvenir le nom de ces Compagnes et Compagnons oubliés. On n’ira pas pour autant jusqu’à le
remercier...
ISBN : 978-2-37981-047-3 - 204 p. - 11 x 17 cm - 10€
à commander à : éditions du Monde libertaire - Publico 145 rue Amelot 75011 Paris Mail : [email protected]
Un enjeu de taille en guise de titre
: Extrême danger, connaître et contrer l’extrême droite radicale
publié aux éditions du Commun par cinq contributeurs, tous militants, tous spécialistes de cette mouvance.
Un livre coédité avec le média indépendant, Street Press. « Alors que la nébuleuse
radicale est en pleine ébullition, ce livre documente la structuration et les stratégies de cette mouvance, qui gravite autour du Rassemblement national. Il est l’aboutissement de plusieurs
années de travail sur le terrain et en sources ouvertes. » Les auteurs vont travailler
dans ces sources. « Si nous recensons 320 sections locales liées à 128 organisations, ce
décompte reste nécessairement partiel. Face à cette réalité grandissante, la réponse reste défaillante. Les parquets peinent à se saisir de ces dossiers. La place Beauvau
(siège du ministère de l’intérieur) n’a pas pu opposer autre chose que des dissolutions ponctuelles à cette lame de fond. »
Un point de départ et tout est dans le titre de la première contribution : « Le Rassemblement national, maison commune des groupuscules d’extrême
droite », en chapô : « Aux portes du pouvoir, le RN s’apprête à les ouvrir en grand aux militants radicaux que nous présentons dans ce livre. Depuis 1972, le Front national met en
pratique « le compromis nationaliste », inspiré de la doctrine maurassienne. »
Le RN et son allié l’UDR ont pioché dans toutes les familles de l’extrême droite extraparlementaire. Même si le RN « lave plus blanc », il n’empêche que deux cent cinquante « brebis galeuses » se
sont glissées dans ses listes aux récentes élections municipales.
Comment les connaître et les repérer ?
L’ouvrage contient la liste des groupes : une fiche avec le logo, une présentation synthétique, de sinistres faits notables, des personnalités connues et des éléments pour en savoir plus. Ils
sont regroupés en identitaires, nationalistes-révolutionnaires, catholiques intégristes, monarchistes et confusionnistes. Attention, certains militants intègrent plusieurs groupes aux noms plutôt
baroques : Argos, La Cocarde, l’Oriflamme, Division Martel, Academia Christina… Quelques-uns se cachent derrière des cultures locales comme Palatinu ou le parti national breton… D’autres adoptent
des revendications populistes, il en est ainsi de la Coordination rurale regroupant 15 000 adhérents. A peu près du même nombre de militants, la Fraternité Saint Pie X se réfugie derrière le
triptyque : « Dieu, famille, Patrie ». Cette sensibilité religieuse se retrouve au collège-lycée sous contrat, Notre-Dame d’Orveau près d’Angers. Méfions-nous aussi des confusionnistes pratiquant
une stratégie d’hybridation de marqueurs de gauche aux extrêmes droites, créant un flou et une droitisation des espaces publics dans un sinistre rouge/brun.
Vous retrouverez les héritiers du GUD, de Bastion social, dynamisés par le C9M, du nom des organisateurs de la marche d’hommage à Sébastien Deyzieu, militant nationaliste décédé le 9 mai 1994 au
terme d’une course poursuite avec les forces de l’ordre. N’oublions pas les Allobroges Bourgoin dont faisait partie Quentin Deranque.
Ces groupes créent des centres de formation, de réflexion dans la logique du Grece et la revue Eléments. Relevons ainsi l’Institut Iliade.
Fort utile pour les militants, l’ouvrage dresse plusieurs cartes régionales situant les zones d’influence, personne ne peut ignorer leur répartition.
• Collectif
Extrême danger,
Connaître et contrer l’extrême droite radicale
Ed. du commun et Street press, 2026
Les médias nous sursaturent d’articles, de reportages sur ce triste sire. Vous allez vous dire : Vous aussi dans ces colonnes, vous le faites à l’instant.
Je voudrai montrer comment inexorablement une génération a pu émerger et supplanter des vagues de contestation. Marylou Magal et Nicolas Massol nous en livrent une présentation enlevée quant au
style et précise sur le déroulement dans Enquête sur la génération Bardella publié chez folio actuel.
Soyons clairs, ces personnages de droite et d’extrême droite se connaissent, fréquentent les mêmes boîtes de nuit ou bars, se retrouvent dans des organisations transversales. Ils se pratiquent.
Au-delà des oppositions, ce qui les réunit c’est bien la conquête du pouvoir au profit de leurs idéaux extrémistes. La barrière entre le RN et la droite classique a volé en éclats. Seule la
gauche institutionnelle peut encore en être surprise. Nous le savons depuis longtemps notamment ceux d’entre nous qui ont fréquenté les facs de droit et subi les menaces, les violences de ces
groupuscules. Le RN est désormais toiletté, rajeunit, et malgré les propos de certains de leurs candidats, ça marche, il attire. Le no pasaran n’est pas suffisant.
Ils se retrouvent par bandes, la bande à X, Y dans des beuveries. Ils montent des coups comme l’affaire de la mosquée de Poitiers et les médias relaient
complaisamment. Le manifeste de Génération identitaire traduit bien le rejet d’une société et de ses composantes. Avec violence. Les réseaux se constituent. La Manif pour tous fut un creuset du
rassemblement de toutes ces tendances.
Nous assistons dans l’ouvrage à la montée en puissance de Jordan Bardella, en parallèle le développement d’une presse d’extrême droite avec Valeurs actuelles, L’Incorrect, Cnews,
l’empire Bolloré, la récupération de Fayard. Un symbole : dans le cœur du quartier latin face à la fontaine Médicis, l’existence pérenne de la nouvelle librairie, haut lieu de l’extrême droite.
Et nous passons par l’échec temporaire de Marine Le Pen, ils attendent leur tour, c’est raté avec Zemmour mais les idées se banalisent. Ils créent un institut de formation politique, l’IFP. Et
ils gagnent des villes de plus en plus importantes. En 2022, ils ont multiplié les postes à l’Assemblée nationale.
A défaut de Marine Le Pen, ils ont un plan B : B comme Bardella… De Bourbon des Deux-Siciles ??
• Marylou Magal et Nicolas Massol
Enquête sur la génération Bardella
Ed. Gallimard, coll. Folio actuel, 2026
ont le plaisir de vous annoncer la parution de :
Compagnes & Compagnons d’hier
Julien Caldironi
disponible à Publico depuis le 12 Juin 2026
Voilà l’occasion rêvée pour les anarchistes de se réapproprier leur histoire, avec sa grande hache, selon l’expression convenue. Celle dont se sert Julien Caldironi dans ce malicieux recueil de
petits bijoux de littérature policière, coupe net et précis, ce n’est rien de le dire !
Jusqu’à l’écriture de ce livre, qui se souvenait que les ardoisières de Trélazé abritaient, avant la première guerre mondiale, au grand dam du patronat local, une extraordinaire pépinière de
militants anarchistes ? Que les rapports du zélé commissaire spécial Clément désignaient la commune comme la capitale mondiale de l’anarchisme rapportée au nombre d’habitants ? On le sait mieux
désormais !
Qui connaît encore les noms de militants comme Séraphine Pajaud, conférencière trimardeuse, Louis Hinglois, Célestine Houassin, Laurent Houlbeau, son compagnon, dont le destin prouve que les
violences policières sont nées avec la police ? La liste est naturellement non exhaustive...
Qui peut se remémorer le déroulement houleux des défilé du premier mai et des réunions publiques à Angers, où la calotte régnait en maître et entendait bien faire taire tout discours divergent ?
La ressemblance avec nos nazillons actuels s’impose d’emblée au lecteur, tant leurs arrangements avec la vérité des faits trouveraient aisément leur place dans les empires médiatiques du 21è
siècle…
Une certitude s’impose à la lecture de ce livre : la surveillance politique n’a pas attendu les big data et l’intelligence artificielle pour être d’une redoutable efficacité.
Mais ce que n’avait pas prévu le commissaire spécial Clément, c’est que sa prose ramènerait à notre souvenir le nom de ces Compagnes et Compagnons oubliés. On n’ira pas pour autant jusqu’à le
remercier...
ISBN : 978-2-37981-047-3 - 204 p. - 11 x 17 cm - 10€
à commander à : éditions du Monde libertaire - Publico 145 rue Amelot 75011 Paris Mail : [email protected]
Trois ouvrages viennent approfondir et renouveler partiellement sous un jour différent l’histoire de la déportation.
Un renouvellement par la photo d’abord. Lior Lalieu et Jean-Marc Dreyfus publient le catalogue d’une exposition qui se tient au mémorial de la Shoah. Elle rassemble 98 photos totalement inédites de la première arrestation massive des Juifs en 1941. Le 14 mai 1941, plus de 3 747 hommes ont été appelés à se présenter dans les commissariats parisiens à la demande des autorités de Vichy, arrêtés et internés à Pithiviers et Beaune la Rolande, ils ont été parmi les premiers à être déportés à Auschwitz en 1942. L’histoire était connue et documentée, mais la découverte d’une série de photographies totalement inédites réalisées par Harry Croner, alors soldat allemand travaillant pour les services de la propagande. Le photographe est lui-même l’objet d’une étude. Juif par son père, il réussit à cacher son identité et. Est enrôlé dans les services photographiques de la Wehrmacht, jusqu’à ce qu’elle ne découvre son identité et le mette à pied. Il est interné en 1944 avant de connaître une carrière de photographe dans la RFA d’après 1945. Ses photographies étaient demeurées inédites. Elles témoignent avec force du rôle de la police et de la gendarmerie dans les arrestations, offrent aussi des instantanées sur les arrestations, l’attente devant le gymnase Japy, l’un des principaux lieux de regroupement puis dans les camps de transit du Loiret. Ce remarquable ouvrage est accompagné d’une remarquable mise en perspective historique signée d’un des meilleurs spécialistes.
Un renouvelle par la mise en perspective ensuite. Jozef Garlinski a été d’abord un acteur de la Résistance polonais avant d’en devenir un de ses premiers historiens. Né en 1913 dans une famille
de juriste, après des études de droit, il est incorporé dans l’armée en 1939, comme son père, qui a été assassiné à Katyn par les Soviétiques. Démobilisé, il rejoint d’abord un premier groupe de
résistance armée qui est fondu dans l’AK (Armée de l’intérieure), la principale formation de lutte contre l’occupation allemande. Arrêté en raison d’une homonymie en 1943, alors qu’il est
responsable du renseignement, il est déporté à Auschwitz puis transféré dans d’autres camps. Il fuit la Pologne en 1947, s’installe à Londres et commence à écrire un nombre important de livres
sur la Résistance polonais et des romans. Il est par ailleurs un des animateurs du soutien à la dissidence polonaise à partir de 1967. Volontaire pour Auschwitz demeure l’un de ces ouvrages les
plus importants. Il y rappelle le rôle de Witold PIlecki, qui pour savoir ce que les nazis organisaient à Auschwitz s’est fait volontairement déporter en 1940. Il y organise un réseau
d’information, de résistance et d’évasion. En 1943, il s’échappe et livre aux alliées un rapport détaillé sur le fonctionnement du système concentrationnaire. Pilocki participe l’année suivante à
l’insurrection de Varsovie. Il est arrêté et exécuté par la police politique soviétique en 1948. C’est sur la base de son témoignage, recoupé par ceux de nombreux autres membres de l’Armée de
l’intérieur permettant de livrer une histoire du camp de concentration puis d’extermination soulignant les conditions de survie et analysant les différentes étapes de l’assassinat des déportés
dès leur arrivée.
Un renouvellement par le témoignage enfin.
Benjamin Jacobs, Berek Jakubowitz de son nom de naissance est né en 1919 dans un Shtetl de l’est de la Pologne. Après la rupture du pacte germano-soviétique, il est arrêté avec son père et son
frère. Ils sont d’abord déportés à Buchenwald puis à Dora avant d’être transférés à Auschwitz. Le jeune homme étudiant en médecine doit sa survie dans le camp à sa spécialisation. Versé dans ce
qui tient lieu d’hôpital, il tente désespérément de rendre un peu d’humanité à des prisonniers déshumanisés. Dans ces petits riens ordinaires dans un monde qui ne l’était plus, laissent toujours
une lueur d’espoir et un sentiment que la fraternité ne peut s’éteindre.
La rafle du billet vert
Lior Lalieu et Jean-Marc Dreyfus
Calmann Lévy 2026 176 p. 22 €
Volontaire pour Auschwitz
Jozef Garlinski
Nouveau Monde 2026 406 p 23,90 €
Le dentiste d’Auschwitz
Benjamin Jacobs
Tallandier 2026 414 p. 22,90 €
résumée la main-mise du Parti communiste sur le syndicalisme en France, phrase d’Albert Vassart important dirigeant du Parti communiste et de la CGTU et qui se décrit ainsi : ”un métallo de tempérament libertaire devenu un apparatchik, un révolutionnaire professionnel, mettant le parti au-dessus de tout”.
Le triomphe des bolcheviques en Russie avait conduit à la création de l’Internationale communiste (IC) à Moscou en 2019 : ”Des noyaux communistes
doivent être formés pour conquérir les syndicats au communisme. Ils doivent être subordonnés à l’ensemble du Parti”.Pour faciliter cet objectif, l’Internationale syndicale rouge (ISR) est
créée à Moscou en Juillet 2021.
En France, la conquête de la CGT à majorité réformiste se révélant alors impossible, la stratégie va constituer à trouver des alliés dans la minorité syndicaliste révolutionnaire, qui scissionne
et crée la CGTU en 1921. Ainsi, le collectif ”Vie ouvrière” autour de Pierre Monatte s’allie aux bolcheviques pour leur donner la majorité à son premier congrès (Saint-Étienne, juin 1922) :
”Il fallait écraser les anarchistes et on les a écrasés”, Ivan Stepanov, délégué IC à ce congrès.
Ainsi s’amorce un événement prédominant dans l’histoire sociale, qui va influencer négativement le mouvement ouvrier pendant des dizaines d’années, pas seulement en France.
Le 16 mars dernier, nous recevions Sylvain Boulouque, historien qui a écrit plusieurs ouvrages sur le mouvement anarchiste, pour nous parler de son récent livre Communisme et syndicalisme
dans la France de l’entre-deux guerres, résultat d’une longue enquête, notamment en consultant les archives de Moscou. Il révèle les stratégies du Komintern pour faire du syndicalisme
français la courroie de transmission du système communiste international.
Il revient dans cette seconde émission portant sur la période 1928 - 1938.
Ni dieu ni maître,mieux d'être
(Jacques Prevert)
la justice de classe ne fera pas reculer le RN
Alors que le procès en appel de Le Pen est du RN a rendu son verdict, la vacuité de la justice dans la lutte contre la corruption et l’extrême droite est flagrante. Seules nos luttes et notre auto-organisation pourront nous permettre de combattre l’extrême droite, mettre fin aux abus généralisés et de reprendre le contrôle sur nos vies.
Ce mardi 7 juillet, Marine Le Pen et son parti étaient condamnés par la cour d’appel de Paris qui confirmait leur culpabilité dans une affaire de détournement de fonds européens. Si les peines sont globalement similaires à celles de la première instance, une différence est de taille : la peine d’inéligibilité prononcée à l’égard de Le Pen est assortie d’un sursis partiel, mais suffisant pour que les mois ayant séparés les deux procès – et pendant lesquels elle était inéligible – remplissent la partie « ferme ». En résumé : malgré le fait d’avoir détourné des millions d’euros d’argent public, elle pourra se présenter à l’élection présidentielle en 2027.
On passera rapidement sur le caractère cocasse du fait qu’une candidate qui prône « l’ordre » et la « fermeté » envers les délinquants se permette de candidater à la plus haute fonction du pays malgré une condamnation pénale. Le RN comme l’État n’ont jamais eu de soucis avec la criminalité en col blanc, propre à la bourgeoisie. Les médias généralistes se sont d’ailleurs exclusivement concentrés sur l’impact sur la présidentielle, et ont rapidement balayé l’angle de la corruption. C’est que cette condamnation n’est pas une exception, elle s’inscrit dans une corruption généralisée dans les sphères du pouvoir, largement documentée par la presse d’investigation. Nous ne pensons pas que cette corruption soit une anomalie institutionnelle. Au contraire, elle est pour nous une conséquence logique des structures étatiques, qui concentrent le pouvoir dans les mains de quelques uns, permettant tous les abus. Nous ne défendons pas l’idée qu’une personne devrait être réduite à ses condamnations judiciaires – concernant notre classe, c’est bien la société qui pousse en grande partie à la délinquance – mais l’idée que nous n’avons rien à attendre de la justice dans un système capitaliste, où son rôle est de protéger les puissant·es.
Cette condamnation lâche et tiède sonne comme un rappel pour celles et ceux qui auraient nourri des espoirs dans la justice bourgeoise comme outil de lutte contre l’extrême droite. Courroie de transmission de la police et vernis de légitimité du pouvoir politique, la justice est, comme l’ensemble des institutions de l’État, une machine au service du capital et de l’oppression des populations. L’affaire Lyhanna nous a rappelé récemment qu’elle n’avait pas pour fonction de protéger les masses populaires, y compris leurs membres les plus vulnérables. L’affaire Sarkozy nous a rappelé que, même face à une affaire de corruption sans précédent, les peines des élites politiques seront toujours ridicules comparées à celles qui nous sont infligées. L’affaire Le Pen est dans cette filiation : la justice n’y joue qu’un petit théâtre fantoche pour sauver les apparences, tout en usant de tous les outils possibles pour ne surtout pas affecter les projets du capital. Car avec Bolloré ou Stérin, tout un pan de la bourgeoisie a choisi de longue date de miser sur l’extrême droite, et fait activement campagne pour gonfler ses scores.
Alors que Le Pen cherche à gagner du temps en se pourvoyant en cassation, l’élection de 2027 va revêtir un double enjeu pour elle, car elle cherchera à y gagner, en plus du pouvoir, la protection de l’immunité présidentielle. Elle profiterait alors d’une tradition républicaine : Chirac et Sarkozy ont également profité de ce privilège pour échapper à des poursuites en leurs temps. Quels que soient les choix individuels que nous ferons face à cette nouvelle tentative de prise du pouvoir par l’extrême droite, nous devrons garder en tête que, comme la justice, l’élection n’est qu’un des rouages de l’État, État dont le pouvoir est entièrement lié à celui du capital. Pour agir sur le monde, c’est avant tout au quotidien et toute l’année que la lutte contre l’extrême droite doit être menée. L’adoption récente avec le soutien de l’ensemble de la droite de la « présomption de légitime défense », mesure emblématique du programme du FN et du RN, nous le rappelle avec violence : sans un travail de terrain, les idées de l’extrême droite continueront de s’immiscer dans nos vies, quel que soit le parti au pouvoir.
Face à l’extrême droite, c’est à la base que nous devons nous organiser. Seul un projet révolutionnaire sera à même de briser le pouvoir de l’État et du capital, et de se fait, d’enrayer la fascisation du monde.
Union communiste libertaire, 15 juillet 2026.
Le 2 juin 2026, le Parlement a adopté une loi dans laquelle l’État français « reconnaît sa part de responsabilité » dans la contamination au chlordécone de la Guadeloupe et de la Martinique », « s’engage à œuvrer à la dépollution des Terres » et se donne pour « objectif » d’indemniser les victimes (sans en faire une obligation).
Pesticide utilisé dans les îles antillaises depuis 1972, le chlordécone est resté légal jusqu’en 1993 puis a été été utilisé illégalement jusqu’en 2000, et ce alors qu’il a été reconnu dangereux et interdit aux États-Unis dès 1976. En France métropolitaine, ce pesticide a été interdit dès 1990. Un deux poids deux mesures flagrant qui illustre la perception des vies sur les territoires non occidentaux. Après des décennies d’inaction, de freins à la recherche et de répression de la part de l’État français, c’est aujourd’hui 90% de la population martiniquaise et guadeloupéenne qui est contaminée, provoquant notamment des cancers, de l’endométriose, une baisse de la fertilité. Les terres sont quand à elles contaminées pour plus de 600 ans, rendant leur culture dangereuse.
Cette contamination est non seulement un scandale écologique, mais elle s’inscrit également dans une dynamique coloniale : la Guadeloupe et la Martinique sont soumises, comme les autres territoires « d’outre-mer », à une logique extractiviste, où la culture intensive et l’exploitation des ressources se fait au dépens de l’environnement et des habitant-e-s. Face aux profits des grands propriétaires Békés [1] qui contrôlent depuis des siècles l’économie des îles, les vies des personnes Noires qui les peuplent ne vaut pas grand-chose. Comme le souligne le député de la Guadeloupe Élie Califer, « si un tel empoisonnement avait touché 90% de la population de la Creuse, de la Bretagne, de l’Île-de-France, la responsabilité de l’État aurait été reconnue depuis longtemps ».
Cette loi reste une avancée, permise par la lutte de nombreuxses habitant-e-s et collectifs en Martinique, en Guadeloupe et en métropole. Mais dans cette loi édulcorée, l’État ne reconnaît qu’une « part de responsabilité » dans ce scandale et n’aborde aucunement la responsabilité des personnes et entreprises qui se sont enrichies grâce à l’empoisonnement des deux îles. Il refuse le préjudice d’anxiété des habitant-e-s qui ne peuvent plus se nourrir de leur terre et vivent dans la peur de la maladie. L’Etat refuse de donner des objectifs clairs de dépollution et de réparation, ainsi il n’y a aucun engagement formel à indemniser les habitant-e-s. Il est également important de mentionner le non-lieu rendu le 22 juin dernier refermant l’information judiciaire et l’enquête, évitant ainsi de trouver des coupables à ce scandale.
Rappelons que lors de l’abolition de l’esclavage, lorsqu’il a été question d’indemniser les békés esclavagistes dont sont issus les profiteurs de ce scandale écologique, l’État français ne s’est pas contenté « d’objectifs » mais leur a donné suffisament d’argent pour conforter leur main-mise économique sur les îles jusqu’à aujourd’hui. On ne peut pas attendre d’un État capitaliste et néocolonial qu’il répare ses propres injustices de lui-même. La solution, les antillais-e-s la connaissent, il s’agit de la lutte pour des réparations véritables, pour la décontamination et la garantie de l’autonomie alimentaire, mais aussi pour la fin de la domination métropolitaine, pour l’expropriation des propriétaires békés et pour la libération de la Guadeloupe et la Martinique comme de toutes les colonies.
Réparations, liberté et autodétermination pour les Antilles Françaises !
Union communiste libertaire, le 17 juillet 2026.
Le mardi 7 juillet, l’Assemblée nationale, à une très large majorité (313 votes pour, 199 contre) a adopté le projet de loi de légitime usage des armes à feu par les policiers et les gendarmes. Cette loi détruit les maigres barrières juridiques à l’extension de la violence policière, permettant à la police de tuer sans être inquiétée. Face à ce recul immense, l’Union communiste libertaire appelle à rejoindre toutes les initiatives à même de construire un large front de résistance à la violence d’Etat.
Ce projet de loi, point historique du programme de Jean-Marie Le Pen, porté par les députés LR lors de leur niche parlementaire, a été repris à leur compte par les macronistes. S’il va au bout de son chemin législatif, il prévoit que dorénavant toutes les « forces de l’ordre » auront le droit de tirer sans être inquiétées par une enquête. Il s’agit là ni plus ni moins d’un permis de tuer donné à la police. On pourrait se dire, au vu du nombre de morts causées par le bras armé de l’État, que la justice n’a jamais été une véritable protection face aux exactions policière. Mais à présent, la charge de la preuve se renverse totalement : il ne reviendra plus à la police de démontrer la situation de « légitime défense », mais à la victime de démontrer qu’elle n’avait rien fait de mal, chose peu aisée lorsque l’on est éborgné⸱e sur son lit d’hôpital ou six pied sous terre avec une balle dans le dos. La présomption de légitime défense entérine une situation déjà trop fréquente dans les tribunaux comme dans le commentaire politique et médiatique sur les crimes policiers : c’est à la victime de démontrer qu’elle était innocente et qu’elle n’a pas commis de délit, et non aux agent⸱es de l’État de rendre compte de leur propre violence.
La gauche réformiste a essayé de s’opposer à ce texte par une montagne d’amendements et de rappels au règlement constants. Néanmoins, comme toujours, l’Assemblée nationale ne nous protège pas, elle ne peut pas être un contre-pouvoir, et l’exécutif peut toujours trouver un artifice législatif pour passer en force. A nouveau, une intervention du gouvernement par le biais de l’article 44.2 à permis d’enclencher un vote bloqué, c’est à dire de supprimer purement et simplement les amendements de la gauche. Malgré l’indignation et la protestation des député·es, le gouvernement a muselé le vote et l’alliance des réactionnaires de tous bords (RN, LR, renaissance) a permis à la police de tirer sur notre classe en toute tranquillité. Le tout sous les yeux des familles des victimes de victimes des balles de la police, présentes dans l’hémicycle. Nous joignons notre voix aux leurs : pas de justice, pas de paix.
La police tue, mais pas tout le monde. Elle tue les personnes racisées, les habitant et habitantes des quartiers populaires, les sans papiers, les militant·es écologistes ou antifascistes : elle tue les classes populaires car elle sait le danger qu’elles représentent pour l’État et le capital. Elle nous tue, mais nous ne nous laisserons pas faire. Nous l’avons encore constaté hier, la démocratie bourgeoise ne peut rien pour nous, seules nos luttes, notre solidarité et notre organisation à la base peuvent nous sauver.
L’Union communiste libertaire dénonce le projet de loi visant à instaurer une présomptions de légitime défense pour la police, ainsi que toutes les précédentes lois racistes et sécuritaires qui accompagnent la fascisation du pays et n’ont pour fonction que de nous maintenir en joue pour protéger l’État et le capital. Nous revendiquons le désarmement et la dissolution de la police car aucun corps professionnel ne devrait être armé et avoir un pouvoir de vie ou de mort sur les autres. La seule solution est de renverser ce pouvoir et de prendre en main collectivement les questions de justice et de sécurité. Mais d’ici là, nous rappelons : police nationale, milice du capital ! Tant que nous n’aurons pas la justice, vous n’aurez jamais la paix !
Union communiste libertaire, le 10 juillet 2026.
Comme chaque été, la canicule frappe. Les vagues caniculaires se font de plus en plus régulières, plus longues, et avec des températures toujours plus élevées chaque été. Aucun ralentissement des vagues de chaleur en vue puisque dans le même temps, il faut continuer à produire plus, polluer plus, au seul bénéfice des capitalistes !
Le capitalisme est un système économique mortifère qui joue un rôle essentiel dans l’accélération du dérèglement climatique. Son fonctionnement est nécessairement prédateur et détruit nos terres, nos corps et pille nos ressources pour les accumuler pour maintenir sa logique productiviste.
Les personnes qui subissent de plein fouet cette situation climatique sont toujours les mêmes : travailleurs et travailleuses précaires, personnes handicapé·es, personnes racisé·es, sans même parler des EHPAD ou des prisons. Les conditions de travail dégradées par les fortes chaleurs n’évoluent clairement pas assez vite pour s’adapter aux besoins des travailleurs et travailleuses, et ce sont là encore les plus exposé·es qui souffrent : sans-papiers dans le BTP, femmes précaires dans les services publics... Chaque année nous comptons nos mort·es. En 2025, la chaleur avait tué 5700 personnes. Le bilan de 2026 sera assurément alourdi par l’enchainement des canicules.
Les passoires thermiques, glaciaires l’hiver et fournaises l’été, ne sont toujours pas prioritaires pour l’État qui préfère financer des missiles plutôt que rénover nos logements. Les contraintes réglementaires s’assouplissent pour les propriétaires qui mettent leur patrimoine en location. Les établissements scolaires sont toujours dans l’attente d’équipements pour rafraîchir les jeunes, les hôpitaux accueillent de manière indigne travailleuses et patient·es. Mais face à l’urgence climatique, nous ne constatons que de l’inaction des gouvernements successifs : baisse du Fonds vert et des rénovations de logements.
Face à l’inaction climatique de l’État, nous avons perdu trop de temps et dépassé trop de limites. Nous n’avons maintenant plus le choix : : il faut « s’adapter ». Mais comme toujours, nous ne sommes pas à égalité devant cette adaptation.
Quand des jeunes d’un quartier populaire décident d’ouvrir des bouches à incendie pour avoir accès à un peu de fraîcheur, c’est la répression sur fond de racisme qui les frappe. Mais quelle solution existe-t-il quand les températures intérieures des logements sont invivables, quand l’interdiction de poser des climatiseurs dans les logements sociaux est la règle, et que les espaces ombragés et les lieux de baignades sont quasi inexistants face aux artificialisations et à la bétonisation ? Comment justifier de nous priver d’eau pour la réserver à l’agriculture intensive, aux piscines privées, aux terrains de golfs et aux datas centers ?
Chaque jour nous ne pouvons que constater un peu plus que les objectifs des Accords de Paris ne seront pas atteints. Rien de surprenant, les grandes réunions entre capitalistes et gouvernements ne servent qu’à défendre leurs intérêts, ceux de la bourgeoisie, opposés aux nôtres. Alors que les canicules deviennent la norme et le chaos climatique notre quotidien, il devient vital de penser la fin du capitalisme avant la fin du monde.
Et si en fait la seule alternative vivable était une révolution communiste libertaire ? C’est uniquement par l’action collective auto-organisée que nous pourrons arriver à une rupture avec le capitalisme, pour trouver des solutions adaptées à ces températures et endiguer le réchauffement de la planète. Urgence climatique : organisation collective !
Union communiste libertaire, 26 juin 2026.
Pour l’UCL les deux mots d’ordre importants sont « anticapitalisme » et « autogestion ». Derrière ces concepts parfois abstraits se cachent des pratiques très concrètes : celles du syndicalisme, et plus particulièrement du syndicalisme révolutionnaire. Reprenons les bases.
Le capitalisme organise la production économique en séparant la société en deux classes distinctes : la bourgeoisie qui possède les moyens de production, et la classe des travailleurs et travailleuses (aussi appelée prolétariat) qui utilise ces moyens de production pour produire ce qu’on lui dit de produire. La bourgeoisie vit de la richesse créée par les travailleurs et travailleuses, et ne leur en reverse qu’une petite partie, qu’on appelle salaire.
L’anticapitalisme est la lutte contre cette organisation économique et sociale. Cette lutte peut prendre des formes diverses. Nous pensons que c’est dans les luttes d’aujourd’hui que se prépare la société de demain. Ainsi, nous défendons une approche autogestionnaire et organisée des luttes. Autogestionnaire, c’est-à-dire menée par la base, car c’est elle qui maîtrise le sujet de sa lutte, dans une autonomie vis-à-vis de l’État, du patronat, et de toute forme de direction extérieure. Organisée, de telle façon à allier efficacité et démocratie interne. Pour mener la lutte anticapitaliste, il faut donc une organisation qui regroupe largement les travailleurs et travailleuses, qui soit démocratique et qui a la volonté de lutter. Ça tombe bien, il y a justement des organisations qui s’approchent de ces trois critères : les syndicats !
Le mouvement syndical est né de la volonté d’organisation des travailleuses et des travailleurs en révolte contre l’oppression et l’exploitation. Il permet d’opposer au patronat, qui compte sur l’isolement individuel des prolétaires, la force collective qu’apporte l’action concertée. La participation active au syndicalisme, comprise d’abord comme une pratique de lutte et d’auto-organisation unitaire, de masse et de classe, est un élément révolutionnaire essentiel pour l’UCL.
Le syndicalisme révolutionnaire (SR) est un courant du syndicalisme qui a émergé au début du XXe siècle. Il s’est construit en opposition à la social-démocratie. Les syndicalistes révolutionnaires placent le syndicat au cœur de leur stratégie révolutionnaire : c’est le syndicat qui organise les travailleurs et travailleuses sur la base de la classe sociale. Contrairement à d’autres courants révolutionnaires qui pensent que la révolution doit être menée dans les partis politiques et relèguent le syndicat aux luttes du quotidien, le SR lie les deux, c’est ce qu’on appelle la double besogne [1].
La double besogne affirme que c’est dans les luttes du quotidien (par exemple, pour l’augmentation des salaires ou pour des jours de congés supplémentaires) que se construit et se renforce la conscience de classe qui permet de forger les perspectives révolutionnaires ! C’est donc tout un jeu d’équilibriste auquel s’adonnent les syndicalistes révolutionnaires. À ne parler que de révolution, on se couperait de celles et ceux avec qui l’on souhaite s’émanciper et on se renfermerait en un groupe inaudible aux masses. Mais à se contenter des luttes du quotidien sans perspectives révolutionnaires nous ne serions qu’un simple pansement au capitalisme. La division syndicale est le résultat de plusieurs facteurs : bureaucratisation, remise en cause de l’indépendance syndicale, pratiques antidémocratiques, auxquelles se sont ajoutés depuis, concurrence et esprit de chapelle.
À l’opposé de cette logique, par-delà les « patriotismes d’organisation », nous affirmons la nécessaire unité ouvrière et entendons œuvrer à créer les conditions d’une réunification du mouvement syndical de classe et de lutte... sans en nier les difficultés. La perspective d’une unification des syndicats de lutte CGT-FSU-Solidaires s’est ouverte au cours des dernières années [2]. Elle accoucherait d’un acteur incontournable dans la lutte des classes en France. Elle aiderait notre classe à reprendre confiance dans sa force collective. Et en cela, elle favoriserait une résurgence du syndicalisme révolutionnaire.
Autre enjeu, dans sa grande majorité le syndicalisme ne s’est pas adapté à l’évolution du capitalisme depuis une cinquantaine d’année. Le syndicalisme se retrouve donc structuré autour de quelques gros bastions ouvriers, entourés de déserts syndicaux dans de trop nombreuses structures. Pour reconstruire la solidarité entre tous et toutes les salariées d’une même branche économique, il faut transformer nos syndicats d’entreprises en syndicats locaux de branches, pour accueillir tous les travailleurs et travailleuses d’une même branche (exemple : la métallurgie, la construction, les commerces et services, les bureaux d’études, etc.) même si nous sommes dans des entreprises différentes [3
La CGT et le syndicalisme révolutionnaire se sont grandement développés avec les Bourses du travail à partir des années 1890. Ces lieux sont devenus des points centraux de développement de la culture prolétarienne et de la lutte des classes. Actuellement, les unions locales (UL) et départementales (UD) sont les outils pour permettre de faire émerger une conscience de classe, à travers la pratique interprofessionnelle. En favorisant la rencontre, les échanges et la solidarité entre travailleuses et travailleurs de différentes professions, elles permettent de construire la conscience d’intérêts communs de notre classe, mais aussi de renforcer les luttes des un·es et des autres. À la différence du discours idéologique sans pratique interprofessionnelle structurée, les UL et UD permettent d’ancrer dans le quotidien des réflexes de dépassement du corporatisme. Leurs investissements doivent être le plus large possible par les syndicats, pour y assurer un rôle de coordination des syndicats de manière démocratique dans une perspective de syndicalisme de classe.
Les militants et militantes communistes libertaires peuvent contribuer à collectiviser leurs expériences qui marchent et ainsi faire avancer la relance du syndicalisme révolutionnaire.
Francis (UCL Marseille)
Vous les avez attendues, les voilà ! Rendez-vous du dimanche 2 août soir au vendredi 7 août soir au hameau de Bécours (Verrières, 20min de Millau) pour la 6e édition des journées d’été de l’UCL.
Ces 5 jours seront l’occasion de se rencontrer ou se retrouver, de transmettre des expériences, d’approfondir des connaissances, d’échanger sur l’actualité, de préparer des perspectives de mobilisation ensemble, de célébrer nos victoires, de voir comment s’entraider et se renforcer.
On vous attend nombreux et nombreuses cet été dans l’Aveyron, au hameau de Bécours} !
Si l’édition précédente a permis de mettre en avant l’antiracisme et l’anti-impérialisme, cette année le thème sera : « le communisme libertaire pour face aux crises écologiques ». Autrement-dit, nous irons puiser dans nos racines pour affronter les défis d’aujourd’hui et de demain. Histoire du communisme libertaire, projet de société, syndicalisme & écologie, luttes locales, ... autant de sujets qui seront développés toute au long de la semaine.
La majorité du programme sera fait d’ateliers, de conférences, de temps d’échanges et d’élaboration collective ainsi que de veillées, de temps sportifs et artistiques. Le lancement aura lieu le 3 en début de matinée, donc n’hésitez pas à arriver dès le dimanche 2 soir pour ne pas rater la première soirée.
Au programme actuellement :
Présentation du Projet de société communiste libertaire de l’UTCL et ateliers sur la création des SUD et sur les communistes libertaires dans les mouvements de jeunesse des 80’, avec Patrice Spadoni et des camarades de l’UTCL (Union des Travailleurs Communistes Libertaires)
Arpentages sur le communisme libertaire et sur la production
Ateliers sur le Front populaire avec Ludivine Bantigny et sur l’écocide capitaliste avec Alain Bihr
Atelier sur l’éco-syndicalisme
Formations sur la sécurité sociale, les bases de l’écologie et l’antivalidisme
Présentation de luttes locales autour de l’environnement
Fabrication de banderoles
Sport
Veillées, karaoké, soirée aligot
etc...
Des ateliers seront ouverts aux plus jeunes et d’autres seront conçus avec les animateurices de l’UCL et les Eclaireurs et éclaireuses de France.
Ce programme est encore en cours de construction, on vous tiendra au courant.
Les journées d’été sont ouvertes à tous les adhérent-es, les sympathisant-es, les ami-es d’Alternative Libertaire et les abonné-es d’AL, ainsi que leurs proches. Une équipe d’animation est prévue pour les enfants et les adolescent-es.
Le règlement du prix des journées d’été se fera sur place, le prix comprend les repas et la location des infrastructures de Bécours (camping, sanitaires/douches, barnums, dortoirs,...). Le tarif est à prix libre avec un prix plancher de 12€. Des tarifs indicatifs sont là pour vous guider.
Le tarif précaire, 12€ par personne par nuitée. 8€ par nuitée pour les enfants de plus de 4 ans.
Le tarif normal, 22€ par personne par nuitée. 14€ par nuitée pour les enfants de plus de 4 ans.
Le tarif solidaire, 32€ par nuitée.
Vous pouvez choisir un prix par nuitée entre les tarifs indicatifs.
https://nowar.solidarite.online/blog/vendredi-17-juillet-16-heures-place-st-augustin-paris-soutien-%C3%A0-daniil-moukhametov-d%C3%A9serteur-russe-que-la-r%C3%A9publique-fran%C3%A7aise-veut-extrader
Daniil, jeune électromécanicien russe, a fui la mobilisation en Russie,
car il ne veut pas faire la guerre, ni tuer ou être tué. Il a sauté d’un
train qui traversait la Lituanie pour rejoindre l’enclave russe de
Kaliningrad.
Les autorités lituaniennes risquent de le retourner à la Russie, pour ne
pas se « fâcher » avec leur agressif voisin. Daniil s’est alors enfui en
Finlande puis est venu en stop en France, pensant que c’était le pays
des Droits de l’Homme et de la Liberté. Mais la République Française
vient de décider de l’extrader vers la Lituanie. C’est à coup sûr le
condamner à mort, car il serait ensuite remis aux autorités russes qui
lui feront payer sa désertion avec la peine prévue dans ce cas, la peine
de mort.
Des amis exilés et déserteurs russes viennent de nous informer qu’ils
organisent un rassemblement de soutien vendredi 17 juillet. L’initiative
Olga Taratuta appelle toutes les personnes qui soutiennent les
déserteurs et qui sont opposées à la guerre en général à se joindre à ce
rassemblement qui aura lieu :
Chaque déserteur nous rapproche de la paix !
Déserteurs de tous les pays, unissez-vous !
Initiative « Olga Taratuta »,
de soutien aux déserteurs, réfugiés, réfractaires russes, bélarusses et
ukrainiens
[email protected] http://nowar.solidarite.online/blog
Il y a cinq ans, aujourd’hui, à Cuba, de petits groupes de manifestants sont descendus dans la rue pour exiger de meilleures conditions de vie. Dans les jours qui ont suivi, des milliers d’autres Cubains, venus de dizaines d’autres villes, ont spontanément joint leurs voix à ce mouvement de protestation.
Le 11 juillet 2021 ne fut pas seulement un cri contre la faim ou la pénurie ; ce fut le moment où des milliers de personnes ont découvert que, face à un
État devenu un administrateur étouffant, la seule issue est de cesser de lever les yeux vers les sphères du pouvoir. Les protestations à Cuba nous ont laissé la leçon la plus ancienne et la plus
oubliée de l’anarchisme : toute autorité, quels que soient les habits idéologiques qu’elle revête, ne se maintient que par l’obéissance et la répression.
Et pendant ce temps, les anarchistes cubains sont toujours là, organisant divers collectifs indépendants, rendant visible la réalité des prisonniers politiques, maintenant une position de rejet
de l’autoritarisme d’État et font la promotion de l’autogestion, l’entraide et d’une véritable autonomie populaire.
Aux anarchistes du monde entier !
À tous les militant.e.s ouvrier.e.s assoiffé.e.s de liberté pour la classe ouvrière !
Luttons pour mettre fin au soutien au PCC dans nos organisations syndicales et ouvrières ! Notre solidarité de classe n’a rien à voir avec le pouvoir d’aucun parti, quel qu’il soit !
Écoutons et relayons la voix des syndicalistes indépendant.e.s en lutte et des anarchistes cubains, qu’ils ou qu’elles soient sur l’île ou ailleurs ! Ne laissons pas leurs voix être réduites au
silence !
Éduquons-nous sur l’histoire du mouvement ouvrier et anarchiste cubain ! La mémoire du passé anarchiste sur l’île est la meilleure façon de le maintenir vivant !
Ensemble, formons une coordination internationale en solidarité avec une Cuba anarchiste ! Brisons l’isolement et entraidons-nous au-delà des frontières !
Peut-être qu’aujourd’hui nous ne sommes que quelques personnes ici et là, mais nous savons que notre classe est la force du monde et que le désir de liberté nourrira toujours les révoltes
de demain.
Le Cercle des ami-e-s de l’AIT (Canada)
Nous avons connu Thierry à la fin des années 1970 lorsqu’il était encore à l’Alliance syndicaliste. Quelques-un·es d’entre nous étions à la CNT-F de la Tour d’Auvergne, certains à la CNT des Vignoles, ou déjà à la Fédération anarchiste ou à l’Union des travailleurs communistes libertaires (UTCL) et d’autres encore à l’Alliance syndicaliste comme Thierry Porré, Jacky Toublet et Serge Aumeunier. Ensemble, nous formions la Coordination nationale anarcho-syndicaliste (CNAS). Outre des rencontres politiques pour développer l’anarcho-syndicalisme dans les divers syndicats (CGT, CFDT, FO), une des actions marquantes de la période fut en 1979 la mobilisation pour l’abstention aux premières élections européennes, avec affichage de rues. Et, nous avons eu idée de former un Groupe anarcho-syndicaliste parisien, GASPAR, le petit nom pour évoquer les rats parisiens qui pullulent : les correcteurs n’étaient pas passés par là, car ils auraient fait remarquer qu’il manquait le « d » du gaspard en question.
Thierry en 1991
Mais nous nous rendions compte avec la campagne électorale présidentielle qu’il nous fallait nous rassembler dans l’organisation qui nous semblait la plus importante en France, et qui de plus
projetait de créer une radio libre. Nous étions en avril 1981, dans une rencontre de la CNAS, au cours de laquelle il fut évoquer la création d’émissions syndicales, sur une plage horaire très
tôt le matin, car les travailleurs et travailleuses se lèvent tôt ! Finalement, à sept, nous avons demandé à entrer à la Fédération anarchiste, d’autant que quelques années auparavant, la
Fédération avait accepté la notion « lutte de classes ». Le groupe Pierre Besnard était né et se positionna sur le 19e arrondissement car quartier populaire où plusieurs d’entre nous habitions
dont Thierry ! Les sept premiers larrons étaient : Jean-Michel Damien, Léa Grisard, Hélène Hernandez, Hugues Lenoir, Pascal Nünberg, Thierry Porré et Jacky Toublet, dont trois militants de
l’Alliance syndicaliste mais sept militants anarcho-syndicalistes à la CGT, à la CNT ou à la CFDT. Dès la création en septembre 1981 de Radio libertaire, nous avons débuté deux émissions par
semaine, les Chroniques syndicales, le mardi vers 18 h et le samedi midi. Et les Chroniques syndicales ne furent jamais matinales, très vite, elles prirent le créneau 11 h 30-13 h 30 le
samedi.
Le groupe Pierre Besnard se revendiqua dès lors du courant anarcho-syndicaliste, très à l’aise dans la Fédération synthésiste. Aussi, avec le groupe Berthot-Lepetit, il fut à l’initiative de la création de la Coordination des militants syndicaux de la
Fédération anarchiste avec un bulletin Le Courrier, réalisé notamment par Christian Véron, et les militant·es partagèrent leurs luttes relayées tant par Radio libertaire que le
Monde libertaire.
Le souvenir le plus prégnant de Thierry, c’est son infatigable disponibilité pour le Monde libertaire, la confection, la correction, l’écriture d’articles, l’appel à plumes... Toujours
présent au local de fabrication du Monde libertaire, rue de Crimée puis je le
voyais passer dans ma rue les samedis et les dimanches quand le Monde libertaire déménagea vers République. Il y était, aussi, bien d’autres jours. Autre souvenir, c’est sa capacité à évoquer les
divers événements historiques ou auxquels il avait participé comme la longue grève du Parisien libéré, il était intarissable. Et puis ce sont ses accords-désaccords avec Jacky Toublet : ensemble durant des décennies, ils étaient au Syndicat des correcteurs CGT,
lui secrétaire au labeur, et au groupe inter-ateliers, coordonnant tous les métiers, Jacky au secrétariat général du Syndicat des correcteurs, par rotation : un rôle différent pour chacun, un
ancrage ouvrier fort pour Thierry, une posture plus intellectuelle pour Jacky, quelques frictions mais une solidarité dans le syndicat !
Quant à l’émission Blues en liberté sur Radio
libertaire, sûr qu’il était un fin connaisseur, très remarqué dans le milieu musical et intarissable aussi.
Le choix par l’émission Chroniques syndicales de l’indicatif Le blues du syndicalisme chanté par François Béranger est un joli clin d’œil à Thierry
!
Pendant de longues années, au sein du groupe Pierre Besnard, puis au groupe Salvador Segui, nous avons apprécié ses qualités humaines et son humour, même si souvent il taquinait gentiment les
féministes sur leur militantisme. Il nous téléphonait régulièrement encore. Quarante-cinq années après, je reste la seule des sept qui ont créé en 1981 le groupe Pierre Besnard, militant toujours
dans le groupe, certain·es sont parti·es créer d’autres groupes, ou vers d’autres ailleurs, et Thierry a tiré sa révérence, le blues
nous envahit…
Hélène Hernandez
Groupe Pierre Besnard
Cher·ère·s lecteur·rice·s du Monde libertaire,
Dans la foulée du Congrès 2026 de la Fédération Anarchiste, le Comité de rédaction du Monde libertaire souhaiterait solliciter votre opinion quant à votre expérience du
journal, organe et porte-voix de notre organisation, au cours de cette dernière année fédérale 2025–2026.
Afin que nous puissions mieux cerner votre expérience de lecture sur la dernière année fédérale, tout comme vos attentes pour la suivante, n’hésitez pas à nous communiquer vos remarques,
critiques et commentaires par le biais du présent sondage :
https://framaforms.org/le-monde-libertaire-retours-dexperience-2025-2026-1775239076
En outre, nous souhaiterions vous inviter à participer davantage à la réalisation du journal. Faites-nous part des thèmes spécifiques avec lesquels vous avez une certaine
affinité et/ou expertise, afin que nous puissions vous solliciter directement pour la rédaction de textes qui s’y rapportent.
Si vous préférez nous contacter par courriel, vous pouvez également nous écrire à l’adresse suivante :
[email protected]
Au plaisir de vous lire !
L’équipe du Comité de rédaction du Monde libertaire
Sélection d’articles d’Umanita Nova, traductions par Ouzo – Fédération Anarchiste Marseille – Groupe Oaï
Cette traduction de deux articles publiés récemment dans Umanita Nova
a pour but de partager aux lecteurs du Monde Libertaire et aux fédéré·es de
la FA la vitalité de l’organisation de nos compagnon·es italien·nes. En septembre dernier, la FAI a fêté ses 80 ans. Nous adressons à toustes nos compagnon·es transalpins nos vœux de santé et de
lutte
Au nom de Bakounine, de Malatesta, de Berneri, mais aussi de Gino Lucetti et de l’antifascisme…
La FAI (Fédération Anarchiste Italienne), organisation structurée, fédéraliste et autogérée, est née des cendres de l’Unione anarchica italiana (L’Union Anarchiste Italienne des années 20’,
dissoute par Mussolini) . Elle est l’héritage des experiences d’associations portées par les compagnon·es qui furent éxilés antifascistes, détenu·es, engagé·es dans la guerre d’Espagne ou dans la
Résistance armée. La FAI s’est constituée en septembre 1945 à Carrare où elle célèbre dans la foulée son premier congrès national avec la participation de délégués venus de toute l’Italie. Entre
temps ‘Umanita Nova’ retrouve la lumière. Après avoir été censuré par les fascistes, l’hebdomadaire fondé par Errico Malatesta reprend sa publication. Le climat d’alors est euphorique et
rempli d’espoirs. Les enjeux de la lutte politique libertaire portent sur les problèmes liés à la reconstruction, l’action syndicale et l’organisation du mouvement. Spécifiquement, à propos de la
reconstruction, les objectifs suivants furent établis : la neutralité italienne et le rejet de l’expansion militaire ; l’égalité pour les femmes ; l’action directe contre les propriétaires ; la
recherche de l’application de nouveaux systèmes de production gérés collectivement; financements locaux de la reconstruction; école libre et gratuite. Pour le mouvement néanmoins ce fut une
transition traumatique de l’activisme de masse de la période pré-fasciste vers un nouveau scénario national et global. L’avènement de la démocratie et de la république en Italie, et la guerre
froide déployée sur tous les continents exigeaientt des libertaires un engagement renouvelé dans leurs convictions anti-totalitaires, anti-capitalistes et anti-militaristes.
(Umanità Nova, 26 June 2025)
Le Samedi 11 et Dimanche 12 octobre 2025, au cœur du Teatro Animosi à Carrare se sont déroulées plusieurs conférences d’étude pour marquer les
quatre-vingts ans de la fondation de la FAI dans la ville. La rencontre intitulée « Anarchisme. Une histoire globale et italienne 1945-2025 » a rameuté quelques vingtaines d’étudiants, de
chercheurs et de militants qui ont présentés des travaux sur des sujets variés : du rôle de l’anarchisme dans l’Italie républicaine à la géographie transnationale de l’anarchisme
italien[...].
La discussion à couvert des sujets historiques comme d’actualité. Les discussions du premier jour se sont articulées sur les périodes de crises et de dynamique du mouvement anarchiste, liés au
développement de la conscience sociale et le développement des mouvements de masse. Le deuxième jour s’est concentré sur les enjeux des nouvelles technologies digitales, les choix militaristes et
va-t-en guerre des gouvernements, la crise environnementale et le développement des mouvements trans-féministes. Le dimanche après-midi l’attention s’est portée sur les relations avec le
mouvement ouvrier. Avec une perspective historique et dans les termes des réalités du syndicalisme de base, de l’anarcho-syndicalisme et de ce qu’on a appelé la nouvelle classe ouvrière.
L’évènement a également comblé un vide dans l’historiographie Italienne, qui, dans son répertoire des conflits sociaux a systématiquement ignorée le rôle de l’anarchisme et en particulier de
l’anarchisme organisé. De même, la partie dédiée à l’actualité a réaffirmée le rôle de l’anarchisme comme référence en matière de pratiques de luttes et d’organisation pour les mouvements de
base, et comme critique du gouvernement – pas celui-ci ou celui-là – mais une critique du modèle social basé sur la domination, c’est à dire une critique du gouvernement en tant que tel.
Pendant ces deux jours plusieurs centaines de personnes se sont jointes aux conférences. Face à l’afflux il a été nécessaire d’ouvrir un autre lieu de retransmission au Teatro di Terra.
Des délégations de la Fédération Anarchiste Ibérique et de la Fédération Anarchiste Francophone étaient présentes aux conférences. Le secrétariat de l’Internationale des Fédérations Anarchistes,
dans l’impossibilité de participer, a envoyé ses chaleureuses salutations.
Dimanche, à la fermeture de la session, une manifestation a pris place du Teatro Animosi à la Piazza Matteotti, devant les locaux historiques du groupe « Germinal » de la FAI. Le local se trouve
dans le hall du Teatro Politeama, fermé depuis 2008 après un affaissement structurels à cause d’une spéculation immobilière. Sur la palissade encerclant le bâtiment et empêchant son accès un
groupe de jeunes artistes de Carrare a créé une fresque qui porte l’inscription
« Federazione Anarchica Italiana – Nostra patria è il mondo intero nostra legge è la libertà »
« Fédération Anarchiste Italienne – Notre patrie est le monde entier, notre loi la liberté »
Le soir, le concert ‘Accordi libertari’ s’est tenu à ‘Fuori Luogo ARCI’ qui a gentimment acceuillit l’évènement. Alessio Lega, Riccardo Dodi, Marchi Marletti, Avanzi di Galera et l’orchestre
Philharmonique de Fatica e Sudore ont mis en scène un show captivant qui a ravi la large audience. Remerciement particulier aux chanteurs et aux équipes qui ont refusé tout frais de
déplacement.
Remerciements sincères, pour finir, aux compagnon-es du groupe ‘Germinal’ qui a assuré le succès résonnant de la rencontre. En résumé, Carrare a de nouveau vu la confirmation que l’anarchie est
l’harmonie quand le chaos est celui produit par les institutions et la propriété privée.
(Umanità Nova, 19/10/2025)
Propos recueillis par Ouzo, Fédération Anarchiste Marseille – Groupe Oaï
Extraits traduits de l’anglais par Ouzo, l’émission intégrale sera publiée bientôt sur Radio Libertaire
Première assemblée étudiante dans le Rectorat de Belgrade occupé, 28 novembre 2024
Ouzo (FA): Bonjour à toustes, je suis en direct du congrès de l’IFA à Athènes, avec des compagnes et des compagnons serbes, on va avoir ensemble un échange à propos de leur organisation
-Klasna Solidarnost- organisation sœur invitée au congrès de l’IFA et qui a manifestée son intention de rejoindre l’Internationale des Fédérations Anarchistes. D’abord, est ce que vous pouvez
présenter votre orga ?
KS: Merci pour cette opportunité. Quelques mots sur l’Histoire de notre organisation, Class Solidarity, basée à Belgrade, capitale de la Serbie. Elle a été créée il y a 10 ans. C’est la première
et ce jour la seule organisation politique anarchiste basée en Serbie. Nous avons l’objectif de créer une fédération avec d’autres groupes qui pourraient se monter dans d’autres villes. Nous
sommes engagés dans de nombreuses luttes. La Serbie fait partie des pays post-socialistes qui subie une transition rampante au capitalisme, des privatisations qui ont laissé la classe ouvrière à
genoux. Des centaines de milliers de personnes ont perdus leur travail, leur santé et combien leurs vies ?
Nous sommes sur des positions fermes anti-impérialistes et anti-capitalistes. Notre opposition à l’OTAN est un élément clefs de notre activité. Notre société a connu les bombardements
impérialisme de l’OTAN. J’avais 7 ans quand ils ont bombardés Belgrade. On a des mémoires que maintenant la plupart des gens en Europe voient sur des reels sur les guerres au Proche Orient, tu
joues dehors dans le parc et t’entends les sirènes d’alerte des bombes et tu cours dans les abris pour te cacher. Pour l’anniversaire du bombardement de l’OTAN on a mis une banderole sur un pont
du périph vu par des milliers de voitures. Certains de nos membres sont fondateurs et participants actifs du mouvement pour la Palestine en Serbie et aussi des Antifascistes de Belgrade créé il a
six ans avec l’objectif de contrer la montée des fascistes mais aussi de diffuser les idées de l’antifascisme, les rendre attirantes pour les nouvelles générations !
Action anti-OTAN le 24 mars 2026 pour l’anniversaire des bombardements de Belgrade en 1999
KS : Les membres de KS sont actifs pour détruire le monde dans lequel on vit mais aussi en construire un nouveau. Nos compagnon·es étaient très actifs, pour certain·es fondateurs·ices de
syndicats horizontaux étudiants impliqués dans le mouvement contre les évictions forcées d’il y a plusieurs années. Il y a eu des dizaines de défenses réussies de familles menacées d’être mises à
la rue. Il y a aussi l’initiative des cantines solidaires ( 3 fois par semaine, autogéré et autofinancé). Beaucoup de personnes qui ne sont pas politisées, des gens de tous les jours, font en
réalité des choses très anarchistes, c’est à dire participer à des organisations horizontales basées sur l’aide mutuelle et qui ne coopère pas avec les institutions, l’État, les partis, les
ONG.
A propos des initiatives étudiantes. Beaucoup d’anarchistes ont participé aux mouvements de 2006, 2009, 2011 et 2014. En Serbie il y a un Parlement étudiant qui est censé organiser la vie
étudiante mais en réalité c’est une institution qui ne sert à rien à part à recruter des futurs politiciens. Les deux dernières décennies à l’université de Philosophie de Belgrade notamment des
occupations se sont passés et des assemblée étudiantes créées. Elles sont anarchistes dans leur pratiques, tout le monde à le droit à la parole et au vote. C’est interdit de parler de ton
organisation politique. L’occupation c’est aussi de l’action directe. C’est ce qui a influencé pour sûr le mouvement de 2023
Ouzo (FA): Merci compagnon·es, je rappelle votre instagram @klasnasolidarnost. Est ce que les compagnon·es étudiant·es qui tenaient la rue pendant les révoltes depuis 2023 peuvent nous
partager leur expérience sur cette lutte, ses pratiques d’auto-organisation mais aussi les structures de la société capitaliste qui y résistent ? (la FA avait d’ailleurs fait un communiqué en
solidarité en novembre, traduit par l’IFA)
KS : Ces blocages et ces occupations d’université, qui ont duré presque un an, on été le mouvement le plus massif. Pourquoi ? Je pense que la réponse est dans son caractère, ses méthodes
d’organisation et de prise de décisions. Ce sont des assemblées directes et auto-organisées directement à l’initiative du mouvement. Nous avons été inspirés par l’expérience de l’occupation
étudiante Cookbook de Zagreb en 2009. Des livres et des brochures ont été diffusées.
En 2023, les gens étaient révoltés contre l’État après la mort de 16 personnes dans l’effondrement de la gare de Novi Sad. D’habitude quand des crimes d’État se passent les ONG et les partis
d’opposition récupèrent la lutte et les personnes ne sont pas motivées pour participer. Mais cette fois c’était vraiment massif. En tant qu’anarchistes notre rôle n’est pas de diriger le
mouvement mais de discuter avec les gens sur les stratégies à prendre. Nous croyons que les gens se libéreront eux mêmes. La praxis changera leurs mentalités.
Mais malheureusement les anarchistes n’étaient pas assez organisés pour être présent sur toutes les facs et l’idéologie dominante a dominé. Les politiciens d’opposition et les ONG opportunistes
ont fait pencher les revendications étudiantes vers une demande d’élections parlementaires.Il y a quand même des contradictions qu’il faut soulever, ces assemblées demandent des élections et
revendiquent l’État de droit, alors qu’elles s’auto-organisent de manière anarchiste.
La partie positive du mouvement existe toujours. Par exemple, quand les étudiant·es ont appelés des non étudiant à s’organiser comme eux dans des assemblées de quartier, zborovi. Elle existent
toujours. Elles organisent les actions les plus radicales. Par exemple les affrontements avec les flics. Les gens ont toujours détesté la police mais disaient qu’il fallait être modéré. Mais
après la violence des flics, ces personnes ont compris que ce ne sont pas nos amis et que la seule option c’est de les affronter. Aussi les assemblées ont organisées des manifestation
anti-gentrification contre les programmes de grands projet de l’État (projet d’aquarium à la place d’un parc ). Il y a eu aussi une manif antifa en commun avec les étudiants.
« Rejoins les assemblées, auto-organisation totale »
KS : Moi j’ai été témoin des mouvements étudiants depuis dix ans. Il y a dix ans c’était seulement la fac de Philo maintenant c’est tout le monde. Avant on manifestait contre la privatisation de
la faculté, c’était des demandes sociales, anticapitalistes, défendre une éducation pour la classe ouvrière. Maintenant ces occupations s’inscrivent dans le contexte politique large du pays. Bien
sur il y a du pour et du contre, comme les demandes libérales mais quand même on est content que ce mouvement existe. Mais qu’excepter d’autre dans un monde ou la pensée néo-libérale est si
dominante ? C’est normal que les gens croient qu’ils vont améliorer la vie avec les outils qu’ils connaissent mais je pense que la praxis des occupations change les esprits. C’est un processus,
on ne peut pas gagner aujourd’hui mais c’est un processus qui nous mènera dans la bonne direction.
Ouzo (FA) : Merci pour ces informations compagnon·es. Votre site pour suivre vos lutes et vos analyses c’est klasol.org. Pour finir, sur votre présence au congrès de l’IFA. Comment vous
vous sentez ici ?, quelles sont vos perspectives anarchistes en rejoignant l’IFA ?
KS : Pour ce qui est du congrès, je parle en mon nom et avec mes impressions personnelles, bien que je sais que mes camarades partagent. Nous sommes honorés d’être invités ici. Dans notre
discours d’introduction nous avons affirmé notre objectif de rejoindre l’IFA. C’est parce que notre essence principale c’est la coopération anarchiste internationaliste. Je me sens bien dans de
tel lieux, ou il y a des personnes du monde entier, des cultures différentes, des histoires différentes, des ethnies différentes, des genres différents, des langues différentes et nous partageons
l’objectif commun de lutter pour un monde nouveau et meilleur, débarrassé de l’exploitation capitaliste.
KS : Je suis aussi toujours heureuse de rencontrer des compagnons avec qui je partage mes idées. Je pense que c’est vraiment important. D’abord c’est parce que c’est ce que font les capitalistes
et les gens au pouvoir , travailler ensemble contre nous. C’est à nous de le faire. On est pas capable de changer le monde si on se connecte pas internationalement. Je suis toujours touché. En
tant qu’anarchiste parfois on se sent utopiste, luttant pour quelque chose d’impossible, mais retrouver des compagnon·es de partout du monde qui luttent ça me motive et me rend plus forte pour
continuer. Maintenant que le monde fait face aux guerres, aux génocides, c’est absolument nécessaire d’être internationalistes. Les mécanismes sont les mêmes, il faut échanger nos stratégies, nos
expériences différentes de luttes.
Ouzo : Hvala compagnon·es. Je parle en mon nom mais je sais que c’est un plaisir partagé à la Fédération Anarchiste. C’est un honneur de créer du lien avec vous et votre organisation.
Vous êtes les bienvenues en France. Si vous voulez dire un p’tit mot de la fin ?
KS : Merci compagnon plaisir partagé. Pour le slogan, je crois que vous l’utilisez aussi en France ; Ko seje bedu, žanje bes , qui sème la misère récolte la révolte.
Un rêve vieux de 90 ans que plusieurs générations de militant·es ont évoqué dans leurs controverses idéologiques, lors de débats, rencontres, colloques, grèves ou encore dans la réalisation de collectifs et de coopératives autogérés, ainsi que dans la création d’espaces où l’on a continué à faire vivre la culture anarchiste et antiautoritaire.
L’atelier de création libertaire, comme de nombreuses autres maisons d’édition, a apporté lui aussi sa petite pierre pour que la mémoire de cet important événement historique ne soit pas oubliée, ainsi qu’une nécessaire approche et analyse critique nous permettant de poursuivre nos regards vers cet horizon ouvert aux changements radicaux profonds et à ce rêve d’anarchie quotidienne qui reste à enrichir dans notre quotidien, ici et maintenant.
Nous vous proposons pour continuer la réflexion 8 titres de notre catalogue pour 60 euros (au lieu de 113 euros), port compris en France métropolitaine.
1. L’anarchisme espagnol entre pouvoir et révolution de Claudio Venza
2. Les avatars de l’anarchisme. La révolution et la guerre civile en Catalogne (1936-1939) vues au travers de la presse libertaire de Michel Froidevaux
3. Le pouvoir ne se partage pas ! Approche de la guerre civile espagnole (1936-1939) d’Alain Pecunia
4. De Freinet à la lutte antifasciste. Espagne 1936-1939 de Marcel Diaz
5. Itinéraires Barcelone-Perpignan. Chroniques non misérabilistes d’un jeune libertaire en exil de Jordi Gonzalbo
6. Femmes d’Espagne en lutte. Le courage anonyme au quotidien - de la guerre civile à l’exil de Sara Berenguer
7. La vie sera mille fois plus belle. Les Mujeres Libres, les anarchistes espagnols et l’émancipation des femmes de Martha A. Ackelsberg
Commissaire de choc. L’engagement d’un jeune militant anarchiste dans la Guerre civile espagnole de Joan Sans Sicart
Comme chaque année, une veille sanitaire a lieu entre le 01er juin et le 15 septembre pour prévenir les risques liés aux fortes chaleurs et épisodes caniculaires. Cette année, avant même cette période, nous connaissons déjà un épisode précoce !
Ces phénomènes météorologiques affectent aussi nos conditions de travail et peuvent mettre en danger notre sécurité. Faisons valoir nos droits : cet article fait le point sur les protections prévues pour la santé des travailleurs-euses. En cas de problème, n’hésitez pas à prévenir le syndicat !
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N’oublions pas qu’il ne s’agit que de droits minimums ! Même si la législation commence à évoluer, le droit du travail ne précise toujours pas de seuils de température clairs sur le lieu de travail pour déclencher des mesures de protection ! En conditionnant certaines mesures de protection en fonction des périodes officielles de vigilances Météo France, il en limite aussi la portée. Nous devons revendiquer des protections encore plus fortes face à des phénomènes météos toujours plus intenses et précoces ! (Voir notre communiqué : Le droit du travail n’est toujours pas « plus chaud que le climat » ! )
L’application effective des mesures existantes, dépend aussi beaucoup de l’action de terrain des équipes syndicales : organisons-nous !
En plus des dispositions spécifiques déjà existantes, à compter du 1er juillet 2025, un nouveau chapitre du code du travail entre en vigueur concernant la « prévention des risques liés aux épisodes de chaleurs intenses » (articles R4463-1 à R4463-8 du code du travail).
Voir ci-dessous les mesures qui s’imposent aux employeurs dans le cadre du droit du travail et de différents textes réglementaires.
Le Syndicat des Travailleurs et travailleuses de la Terre rattaché à la CNT-SO vient de sortir le troisième numéro de son bulletin d’information. Au sommaire :
La loi Duplomb : un condensé d’injustice, de reculs humains et environnementaux
Croquantes : un film de Tesslye Lopez et Isabelle Mandin
Le cauchemar de la peur et de la mort dans l’agriculture !
