Journal d'Infos et Culture Libertaire,

se veut dans la continuité des fanzines, de la scène alternative et du cinéma indépendant autogéré. Il est dans la mouvance anartiste et anarcho-surréaliste.

EDITO:

 

La Tanzanie, comme tous les pays de la planète, a été touchée par le coronamachin. Mais seulement jusqu’en juin 2020. Car, depuis, plus un seul cas. Par quel miracle ?

C’est simple, en juin 2020, le président John Magufuli, un bon chrétien, a décrété trois journées nationales de prières. Et Dieu a entendu ces prières. Bon, d’accord, le président l’a un peu aidé. Les médecins ont l’interdiction de prononcer le nom du virus et ont l’obligation de certifier que ses victimes décèdent de « problèmes respiratoires ». Donc, merci Dieu tout puissant puisque, officiellement, le virus n’existe plus. Et, pas besoin de vacciner la population ni de prendre des mesures de santé publique.

Bien évidemment, la population n’est pas dupe et, comble du comble, l’Église catholique locale ose, avec circonspection, émettre quelques doutes sur la parole présidentielle.

On croit rêver ! L’Église ne croyant pas que Dieu, dans sa toute puissance miséricordieuse, puisse, ému par trois jours de prières, éradiquer un virus diabolique, ce n’est pas Dieu possible !

Décidément, tout fout l’camp !

Jean-Marc Raynaud

 

Doc france culture

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Germaine Berton:

Milieux libres:

Marius Jacob france culture

Communiqué CNT:

Contre les lois patronales et l’état policier_ : union, action, autogestion_ !

 

Sur nos lieux de travail, dans nos quartiers, nous voyons la société suffoquer à mesure que le pouvoir politique s’enfonce dans l’arbitraire et le contrôle social. Comme prévu, le choc économique amené par la crise sanitaire s’avère frontal pour les précaires, les chômeurs, les chômeuses et les salarié·e·s qui basculent dans la pauvreté. Comme prévu, la politique gestionnaire responsable du naufrage des services publics est reconduit dans ses méthodes et ses objectifs. Après la « _deuxième vague_ », comme avant la première, l’hôpital, l’école, les services sociaux sont en craquage permanent.

 

Pendant ce temps-là, au mois de novembre, le CAC 40 réalise sa plus belle progression depuis 30 ans. La stratégie du choc nous tétanise tandis qu’on nous fait les poches.

 

Macron nous avait pourtant prévenu_ : « _nous sommes en guerre_ », et toute guerre a ses profiteurs. Les capitalistes (actionnaires et grands patrons) font payer la facture aux premiers de corvée tout en annonçant la reprise des réformes antisociales des retraites et de l’assurance chômage pour 2021. Cette classe obscène ne fait même plus semblant de chercher le consentement de la population, elle préfère armer, préventivement, la répression. Pour tenir un ordre économique qui ne profite qu’aux dominants, le pouvoir politique a choisi la matraque. En imposant une véritable loi martiale baptisée « _sécurité globale_ », la classe dominante se donne les moyens d’imposer la violence économique par la violence physique du contrôle et de la répression. Dans le même mouvement, cette loi donne tout pouvoir à la police ET confisque tout contre-pouvoir du côté des mouvements sociaux et de la population. Quand les drones, la reconnaissance faciale, le fichage généralisé s’abat sur le peuple, quand les occupations et l’action directe populaire sont criminalisées, les exactions policières sont dissimulées donc, encouragées. Nous sommes confiné·e·s depuis mars dernier et, après 9 mois de gestation, le pouvoir va accoucher de ce « _meilleur des mondes_ » qui ressemble à nos pires cauchemars.

 

Réformes ou … révolution_ ?

 

Bien sûr, il faut augmenter les salaires, sortir de la précarité, réduire le temps de travail. Bien sûr il va falloir retrouver nos libertés publiques, nos droits démocratiques et soumettre la police à l’intérêt général plutôt qu’aux ordres des profiteurs. Il est certain, enfin, que les mots du pouvoir sont des manipulations et que lorsqu’on entend « _république_ » dans la bouche d’un ministre, il faut comprendre soumission politique.

 

Toutes les forces du mouvement social s’accordent sur le fait qu’il faut agir, et qu’il faut agir vite. Nous savons d’expérience que les profiteurs ne lâcheront que ce que nous aurons été capables de leur arracher. Le progrès social et démocratique ne peut passer que par le recul de la classe dominante car nos confrontations politiques ne sont pas assises sur des divergences de points de vue mais sur des divergences d’intérêts. Le dialogue social et la concertation sont des fables et elles n’endorment plus que les bourgeois auxquels profite l’ordre des choses. Les autres savent qu’il faut lutter.

 

Nous redisons qu’il faut voir les choses en face, le temps du compromis de classe, de l’état providence, de la redistribution d’une partie des profits par le capital sous forme de salaires est derrière nous. Les capitalistes ne veulent plus partager. Leur projet, c’est de tout prendre et de nous faire taire par la force grâce à la mise en place d’un état policier 2.0.

 

La période est historique, parce que la situation est critique. L’urgence impose de rompre avec les illusions politiques. Ce système capitaliste n’est pas réformable, car il porte en lui la logique de profit qui est une logique de mort. En transformant en marchandise tout ce qu’elle touche, la classe dominante nous prive de l’essentiel. Et, pourtant, nous voulons vivre. La survie ne nous suffit pas. Nous savons aujourd’hui qu’il en va de la question sociale comme des questions environnementales ou sanitaires, il faut détruire le capitalisme avant qu’il ne nous détruise.

 

Nous, révolutionnaires, voulons changer les structures sociales, car nous savons que nous pouvons vivre, travailler, produire, échanger sans être dominé·e·s ou « _managé·e·s_ » par les capitalistes et leurs « _cadres_ » gardes-chiourmes. Le mouvement ouvrier révolutionnaire a créé les mutuelles, les services publics, les protections des salarié·e·s, les coopératives, la sécurité sociale, la démocratisation de la culture et de l’éducation. Nous produisons déjà, par notre travail, l’ensemble des biens et des services nécessaires à l’existence de toutes et de tous. Nous pouvons gérer les usines, les chantiers, les services sans les actionnaires parasites, les bureaucrates et les PDG. C’est même le seul moyen de produire localement et de façon responsable les biens nécessaires aux populations.

 

Si nous voulons des masques et des médicaments, de la nourriture saine, des hôpitaux qui soignent sans compter et des écoles qui ne soient pas des casernes, si nous voulons travailler tous, toutes, moins et autrement_ ; si nous voulons décider des affaires qui nous concernent, il est cent fois plus raisonnable de réquisitionner les usines et de les gérer nous même que d’attendre que les capitalistes préfèrent la vie à la rentabilité.

 

Notre méthode est donc toujours la même et elle est d’une urgente modernité_ : l’auto-organisation sur nos lieux de vie et de travail, la grève expropriatrice et la reprise des moyens de productions et d’échanges. C’est nous qui produisons tout, nous devons prendre conscience de notre force car notre tache est de refaire le monde avant que le capitalisme ne nous étouffe. Nous avons tout fait, nous pouvons tout refaire. Seule la bourgeoisie qui possède tout et ne sait rien construire a peur des ruines. Nous n’avons pas peur de détruire ce monde car nous avons dans le cœur un monde nouveau.

 

 

 

Communiqué FA:

Quand les patrons se comportent en maquereaux

 

Une grève des travailleurs et travailleuses a éclaté au Makro de Lodelinsart jeudi 25 février, en front commun syndical. Ce qui s’est passé dans cette antenne de la chaîne de magasins, loin de représenter un cas isolé, s’avère symptomatique d’une dérive maquerellienne de la dictature du patronat. Au turbin, les gagneuses, et si possible avec un compteur au cou ! Ce mépris des travailleurs et des travailleuses, à peine un an après le début de la crise sanitaire, laisse augurer d’un tournant décisif dans la lutte qui opposent les prolétaires à leurs ennemis de classe, patrons et bourgeois.

 

En un mot comme en cent, il s’agit de la vieille recette à l’œuvre depuis la nuit des temps : faire travailler d’avantage les ouvriers et ouvrières sans valorisation salariale à la clé. Autrement dit : travailler plus sans gagner plus… enfin, sans que ça rapporte un liard de plus aux travailleurs et travailleuses, mais pour augmenter les chiffres des directions et les dividendes des actionnaires !

 

Pour arriver à ses fins, chez Makro, on a mis au point un dispositif qui tient en peu de mots : d’abord, soumettre les équipes à un rythme de travail plus soutenu, par l’application d’une de ces trouvailles de petits génies de la rationalisation de l’exploitation : le logiciel TimeSkipper. Développé par des bullshit jobbers persuadés de devoir donner un sens à leur vie en faisant, à leur image, du job d’autrui un « job de merde », TimeSkipper règle le rythme de travail des ouvriers et ouvrières en leur expliquant mieux qu’eux-mêmes comment organiser leur planning. Un logiciel « qui nous dit comment faire le boulot, les palettes que nous faisons depuis plus de 20 ans ... Il nous dit quand pisser, quand manger, quand renseigner le client, quand l’aider tout simplement ... t’as pas intérêt à avoir la chiasse ou de tomber sur le client un peu âgé qui voudrait taper causette cinq minutes ! » Ô cette éternelle hantise patronale de se faire gruger par l’employé, qui lui vole les précieuses minutes de son temps d’exploitation !… TimeSkipper n’est qu’un des noms de l’oppression, paré des charmes de la technologie et de la rationalisation.

 

Ensuite, couper les représentants et représentantes syndicales de leur base. Facile ! Chacun, chacune devant rendre des comptes sur l’occupation et la rentabilisation de son temps de travail, impossible de t’entretenir avec ton ou ta déléguée, vu que ce n’est pas prévu dans cette petite merveille de logiciel !

 

Pour les représentantes et représentants syndicaux, vient ensuite le moment de la tentative pour initier un dialogue avec la direction. Mais là, c’est sur rendez-vous, avec une direction qui s’applique consciencieusement à faire la sourde oreille…. Le dialogue social, pour nos ennemis de classe, se résume et se résumera toujours à dicter leurs directives, afin d’augmenter leurs profits, face à des ouvriers et ouvrières censées répondre par un docile : « Oui, patron ! Merci, patron ! »

 

Eh bien, c’est un « Non » ferme et entier que l’équipe du Makro de Lodelinsart a fait entendre à la direction. Nous, anarchistes du groupe Ici & Maintenant (Belgique) de la Fédération anarchiste, apportons notre soutien à ces travailleurs et travailleuses dans leur refus de se laisser exploiter. Ce sont ces petits pas qui nous conduiront à un monde de demain émancipé de l’exploitation et du salariat. Désormais, nous aurons toujours un coup d’avance. Il ne s’agit plus simplement de sauver nos acquis, mais de lutter pour un monde juste, une société autogérée, où l’entreprise appartient à celles et ceux qui la font tourner. Aujourd’hui, des piquets de grève isolés. Demain, le grève générale.

 

 

 

Groupe Ici & Maintenant (Belgique) de la Fédération anarchiste, 28 février 2021

 

 

 

 

 

CULTURE:

 

CHRONIQUES NOIR & ROUGE N° 5
Revue de critique bibliographique du mouvement libertaire

Février 2021, 5 euros, 68 pages (format 21/29)

 

Dossier Alexandre Skirda

 

Un apport décisif à l’histoire de l’anarchisme

 

Alexandre Skirda et les historiens

 

La Bibliographie d’Alexandre Skirda

 

Un plagiat « scientifique » : le copié-collé de Marx
Alexandre Skirda historien

 

Yartchouk Kronstadt dans la révolution russe

 

Éditorial Rire et sourire c’est toujours conspirer

 

Où va le féminisme

 

L’Affaire Durand. Les années 1980-2000

 

Les soixante-dix jours d’Ángel Pestaña en Russie soviétique

 

Sur l’incendie du Reichstag

 

Une guerre civile horrible et horrifiante

 

L’Impétueuse résurgence de l’anarchisme

 

Un autre carnaval des animaux

 

Libres d’obéir

 

Soigner les mômes comme on soigne sa gauche
Notes de lecture

 

http://www.fondation-besnard.org
Éditions Noir et Rouge 75 avenue de Flandre 75019 PARIS
Abonnement : 20 euros pour 4 exemplaires
Chèque à l’ordre de Noir et Rouge. Ne pas oublier de nous communiquer votre l’adresse postale

 

 

 

Un arbre, un parc, une ZAD

 

Les enjeux peuvent sembler parfois dérisoires, en réalité il n’en est rien. Lorsqu’il est question d’écologie et de protection de l’environnement, une bonne frange de suppôts souvent inconscients du capitalisme a inventé depuis un peu plus d’une décennie un dispositif langagier qui dépolitise la problématique et déplace la conflictualité dans une posture indéfendable. TU défends les arbres, les fleurs, les petits oiseaux, les papillons, les tritons crêtés ? Pffft… Bobo, va ! Tu dénonces l’usage des pesticides, la bétonisation de zones naturelles, l’urbanisation et le développement commercial au détriment des espaces verts ? Pffft… Bien un truc d’écolo-bobo-gaucho, ça ! …

Gaucho ? Ouf, l’honneur est sauf ! Y a donc bien du politique là-dedans. Certes, personne ne se sent à l’aise avec l’idée d’assumer le qualificatif de bobo : en somme, c’est une catégorie sociale qui s’apparente à la bourgeoisie privilégiée, dotée d’une prise de conscience environnementale, et à qui les privilèges économiques et symboliques permettent d’adopter des comportements cohérents vis-à-vis de l’environnement. En revanche, la prise de conscience s’arrête assez systématiquement sur le seuil de la question des privilèges de classe, justement, mais aussi sur la remise en cause du capitalisme comme responsable de l’épuisement des ressources, de la mise en péril de la biodiversité et de la destruction des écosystèmes.

Gaucho, par contre, ça nous informe sur l’endroit d’où vient l’attaque. Gaucho, c’est péjoratif, c’est celle ou celui qui suit comme un mouton une espèce de sens commun, sans réfléchir, des valeurs féministes, égalitaires, tenues pour éloignées d’une certaine réalité sociale, quelqu’un qui peut se permettre de défendre ces valeurs parce qu’il est détaché de ladite réalité (perte de repère masculiniste, gender théorie, islamisation de l’Europe, etc.). Islamo-gauchiste, le thème est à la mode outre-Quiévrain, à ce qu’on dit. Utopiste. Ou bisounours. La boucle est bouclée. Un bisounours ne fait pas de politique, donc la ramenez pas avec vos belles idées, vos arbres, vos p’tites fleurs et vos p’tits oiseaux… !

Sauf que non. Ce discours bien typé, c’est celui des fachos, notamment, c’est celui des idiots utiles de la machine à produire en détruisant. Celui des idiots utiles du capitalisme. Comme dans l’enfer de Dante, les cercles sont concentriques. C’est le cercle qui englobe tous les autres qui représente la véritable cause du problème et ce cercle, c’est celui du capitalisme, de la poursuite d’une concentration des richesses aux mains d’un cercle de plus en plus étroit, aux poches de plus en plus pleines. C’est au nom de cette dynamique mortifère que, depuis des décennies, l’exploitation des ressources, l’épuisement des écosystèmes, le sacrifice de la biodiversité sont instrumentalisés en vue de favoriser le profit. Juste en-dessous de ce cercle, des politiques malavisés s’obstinent à se convaincre et à convaincre le pôv’ monde que la solution à tous nos maux, paupérisation, chômage, déficit budgétaire, financement des pensions, etc. réside dans la croissance. Le déploiement de l’activité économique. Voire, ô imposture ! la croissance à vernis écologique, le développement durable, le capitalisme vert.

Il devient urgent de re-politiser le débat autour de l’environnement, en particulier quand on voit ce qu’un parti prétendu vert accumule comme incohérences dans des décisions où la démocratie locale est bafouée, méprisée. Vous avez dit : idiots utiles ? Mais non, voyons, c’est juste du réalisme économique, du pragmatisme politique.


Namur, capitale autoproclamée de la Wallonie, est actuellement le théâtre d’une ultime bataille. Autour d’un arbre. Un hêtre. Un hêtre remarquable. En théorie, ce statut protège ledit arbre de l’abattage. Pourtant, la décision suspendue depuis plusieurs mois est sur le point d’être mise en œuvre ce lundi 22 février. L’arbre doit tomber. Au nom de quoi ? Pour permettre - on croit rêver ! - l’extension d’une aile du casino de Namur… Ne nous y trompons, et peut-être ne nous braquons pas sur l’arbre qui masque la forêt. Ce n’est pas l’abattage d’un hêtre, fût-il remarquable, qui va accélérer la dégradation de l’environnement, le réchauffement climatique. Comme si on ne s’en doutait pas ! … Oui, la terre va continuer à tourner sans le hêtre du casino. Mais cette action est symptomatique, encore une fois, d’une société qui est malade dans le choix de l’ordre de ses priorités. Qui se perd dans le choix de ses fins et de ses moyens. Et qui souffre aussi d’une imposture complète dans l’application de la démocratie locale, renforcée à travers la tartufferie d’un échevinat de la participation citoyenne.

Namur toujours, on se demande combien de temps encore les travaux, prévus de longue date, en vue de raser le parc Léopold, non loin de la gare, vont pouvoir être retardés. Les arbres doivent tomber. Cette fois, il s’agit de la construction d’un énorme centre commercial, propice à l’accueil de chaînes de grande distribution de la malbouffe et du textile. Ces enseignes qu’il est inutile de citer cumulent sans vergogne les qualificatifs de pollueurs et d’exploiteurs. Le problème est à la fois écologique et social. Non, la terre ne va pas s’arrêter de tourner pour une cinquantaine d’arbres sacrifiés au nom de l’expansion économique. Pour la suite, nous renvoyons ci-dessus.

Arlon enfin, où la ZAD tient toujours, la ZAD de la Zablière, située sur l’ancienne sablière désaffectée de Schoppach, lieu de grand intérêt écologique. Vouée à être anéantie pour y implanter un zoning commercial. La ZAD tient, malgré les menaces, malgré les annonces d’expulsion. La ZAD tient, pour combien de temps encore ? Jusqu’au moment où les impératifs économiques auront pris le dessus et inspireront aux pouvoirs locaux de se sentir autorisés à utiliser la force et la violence prétendues légales pour faire décamper les zadistes. Ces douces et doux rêveurs. Ces utopistes. Ces bisounours…. Encore une fois, non. L’enjeu politique ne peut pas être escamoté sous l’artifice d’un dispositif langagier. Une ZAD, c’est la protection d’un écosystème, c’est une façon de se grouper pour choisir la défense de la biodiversité plutôt que l’uniformisation et la standardisation d’une nature composée de parterres et de plantes en pot, plutôt que la bétonisation des sols, plutôt que la recherche du profit au prix du sacrifice de l’environnement naturel dont dépend l’équilibre de la vie. C’est aussi la poursuite d’un autre ethos, une autre manière de faire société, de vivre la communauté des êtres, à travers un mode de vie alternatif, ne dépendant pas ou peu des circuits productivistes, pollueurs et exploiteurs, anti-écologiques et anti-sociaux. Peut-être même s’y joue-t-il la recherche d’une société sans classe, sans rapport de domination, sans mainmise de l’État, où les groupes d’individus librement constitués prennent les décisions qui les concernent sans s’en remettre à des représentants fantoches, appliquant en réalité les recettes du capitalisme et du profit.

Un arbre, un parc, une ZAD… Juste pour une portion d’une petite partie du monde, ça pèse pas lourd. Multiplié, de par le monde, par dizaines, par centaines, par milliers d’hectares de nature rasés, liquidés, anéantis pour activer la machine à produire du fric au profit des nantis et des dominants, ça finit par peser lourd. On le sait depuis des décennies. On sait depuis des décennies que la machine s’est emballée et que ses conséquences ne sont pas seulement environnementales. Le choix de la ZAD, c’est aussi cela, en somme : prendre le parti de la protection des écosystèmes et de la biodiversité, indépendamment des privilèges de classe, contre le capitalisme, et contre tous ses idiots utiles, détracteurs de bobos-gauchos ou attentistes complices.

L’enjeu n’est pas négligeable, loin de là. A travers ces luttes locales, c’est le pouvoir et la domination même sous toutes leurs formes auxquels il convient de s’opposer, en vue de la réalisation d’une société autogérée, égalitaire et respectueuse des êtres autant que de l’environnement.


Groupe Ici & Maintenant (Belgique) de la Fédération anarchiste
Février 2021


Soutien aux groupes qui se mobilisent : Ramur, Collectif de sauvegarde du parc Léopold (Namur), Appel pour la sauvegarde des arbres à Namur, Zablière – ZAD d’Arlon, etc.

 

 

 

 

 

Centenaire de la révolution de Kronstadt : La fleur de la révolution écrasée.

 

par ACG Anarchist Communist Group.

 

Un meeting pour marquer le centenaire de la révolte de Kronstadt, écrasée par les Bolcheviks. Quelles leçons faut-il en tirer aujourd’hui ?

 

Dans cette réunion, nous nous pencherons sur les circonstances ayant conduit à la révolte et sur cette idée d’une Troisième révolution avortée qui avait pour but de réaliser les véritables objectifs révolutionnaires des masses russes. Nous nous intéresserons aux conséquences de ce qui s’est passé à Cronstadt et à la vérité qui doit être établie afin de montrer les dangers de l’avant-gardisme léniniste, qui porte encore préjudice à nos luttes aujourd’hui.

Les marins de la base navale de Cronstadt étaient en première ligne lors de la révolution russe de 1917. Ils formèrent l’un des premiers soviets à l’été de cette année-là. Ils participèrent d’assaut le Palais d’hiver en octobre et prirent part activement à la défense de Petrograd contre l’avancée des Blancs. Pourtant, en 1921, ils étaient déçus par le gouvernement bolchévique, le communisme de guerre, l’absence de liberté d’expression, les exactions de la Tcheka, la police politique bolchévique et de la réquisition brutale du blé dans les campagnes. Le 1er mars 1921, ils organisèrent des meetings publics rassemblant jusqu’à 15 000 personnes sur divers navires et dans plusieurs garnisons et exigèrent : de nouvelles élections immédiates au Soviet avec vote à bulletin secret ; la liberté d’expression et de la presse pour tous les partis de gauche et organisations anarchistes; la liberté de réunion des syndicats et des organisations paysannes ; l’abolition des commissariats politiques communistes dans l’armée et la marine ; le retrait immédiat de toutes les brigades de réquisition de céréales et rétablissement d’un marché libre pour les paysans.

Cela leur valut d’être dénoncés comme des agents des Blancs. Ils répliquèrent en diffusant le message radio suivant : "Camarades ouvriers, soldats et marins rouges. Nous défendons le pouvoir des Soviets et non celui des partis. Nous sommes pour une représentation libre de tous ceux qui travaillent dur. Camarades, on vous trompe. A Cronstadt, tout le pouvoir est entre les mains des marins révolutionnaires, des soldats rouges et des ouvriers. Il n’est pas entre les mains des gardes blancs, prétendument dirigés par un général Kozlovsky, comme vous le raconte Radio Moscou".

Trotski ordonna à l’Armée rouge passer à l’attaque. De violents combats s’en suivirent et la révolte fut écrasée dans le sang. Victor Serge écrit : "L’assaut final a été déclenché par Toukhatchevski le 17 mars… Certains rebelles ont réussi à gagner la Finlande. D’autres ont opposé une résistance farouche, fort par fort et rue par rue ; ils sont morts debout en criant : "Vive la révolution mondiale ! Des centaines de prisonniers ont été emmenés à Petrograd et livrés à la Tcheka ; des mois plus tard, ils étaient toujours abattus par petits groupes, en une lente agonie insensée et criminelle. Ces marins vaincus appartenaient corps et âme à la Révolution ; ils avaient exprimé la souffrance et la volonté du peuple russe".

Meeting public en ligne le 11 mars à 19h. Inscriptions :
https://www.eventbrite.com/e/the-kronstadt-revolt-1921-the-crushing-of-the-flower-of-the-revolution-tickets-141986315893?aff=erellivmlt&keep_tld=1

 

 

 

Traduction Monica Jornet Groupe Gaston Couté FA

 

 

 

Ecoféminisme et révolution sociale

 

Ces jours-ci, tandis que j’écrivais, j’ai fini de planter dans mon potager et j’observe les tomates, poivrons, courgettes et blettes, un peu étiolées lorsqu’elles étaient en pot, pousser et reverdir à présent en pleine terre quand je les arrose.
Des idées me traversent l’esprit, souveraineté alimentaire, écoféminisme, Rojava. Ce sont des journées étranges et observer ce petit potager et le voir pousser, m’aide aussi à mieux supporter cette situation qui semble n’en jamais finir [le confinement et la pandémie Covid 19]. C’est comme s’accrocher à la vie, comme si cette petite expérience me faisait vivre plus intensément ce lien si important avec la terre et avec le reste de l’humanité.
Le terme écoféminisme est né il y a déjà 44 ans. Et c’est une femme qui l’a créé, de plus elle était anarchiste : Françoise d’Eaubonne, fille d’une Aragonaise et d’un anarcho-syndicaliste français, fait du lien entre le souci de l’environnement et l’égalité hommes femmes le fondement d’une nouvelle société. L’écrivaine et penseuse française introduit également dans son livre "Le féminisme ou la mort", le terme "Phallocratie". "La Phallocratie est le fondement même d’un ordre qui ne peut qu’assassiner la Nature au nom du profit, s’il est capitaliste, et au nom du progrès, s’il est socialiste". Ni plus ni moins.
[...] Le droit des peuples à s’alimenter et à décider de ce qu’ils veulent produire, est incompatible avec les politiques néolibérales qui donnent la priorité au commerce international. Le système agricole ne cherche pas à alimenter les personnes mais à produire davantage. Il n’a absolument pas contribué à éradiquer la faim dans le monde. Au contraire, il a augmenté la dépendance des populations envers les importations agricoles et renforcé l’industrialisation de l’agriculture, mettant ainsi en péril le patrimoine génétique, culturel et environnemental de la planète, ainsi que notre santé.
Le rôle des femmes dans la défense de l’environnement dans des endroits aussi emblématiques que l’Amérique latine a été déterminant. On pourrait même dire que de ce côté-ci du monde il y a eu une féminisation des luttes sociales. Le mouvement féministe en Argentine, ou des noms comme celui de Bertha Cáceres, féministe et environnementaliste du Honduras, placent très haut le rôle important de l’écoféminisme pour s’organiser face au nouvel ordre mondial qui se prépare.
Les principes de l’économie sociale ont pour objectif d’augmenter les ressources des sociétés au lieu de les exploiter, et les principes de l’égalité garantissent que la révolution sera féministe ou ne sera pas.
Cependant cela ne veut pas dire que nous devions devenir les salvatrices du monde, ni qu’il faille revenir au vieux concept de retour de la femme au foyer ou à une mystique de la maternité. Bien au contraire. Nous voulons participer sur un pied d’égalité, en bâtissant la paix. C’est le modèle social actuel qui nous inonde de modèles genrés : les tâches domestiques, les soins. Il n’y a rien qui empêche les hommes de développer des capacités pour ces tâches avec au moins autant de bonheur et d’affection que n’importe laquelle d’entre nous. C’est seulement le discours du pouvoir qui adapte les genres à son gré et en fonction de ses intérêts. On cherche à mettre en avant l’individu face au collectif, la concurrence au lieu du partage et de la coopération, mais il faut prendre un autre chemin.
[...] Nous ne pouvons rester sans réagir. Nous, les anarchistes, savons parfaitement que si nous nous organisons, nous pouvons obtenir l’impossible. Nous n’avons rien à démontrer, juste à montrer. Les collectivités nées en 1936 sont un exemple de Révolution Sociale qui a bouleversé le monde. À présent, notre regard prend une teinte violette et se gorge de vie. C’est pourquoi, dans nos messages, entre nos lignes, se glisse aussi ce mot qui, comme tant d’autres, a adopté le préfixe "éco". Écoféminisme. Écologie et Féminisme. Deux ingrédients qui nous indiquent un nouvel horizon. Comme au Rojava. Il ne nous reste plus qu’à passer à l’action.

Dossier CNT nº 424. Écologie Sociale

 

Traduction Monica Jornet Groupe gaston Couté FA

 

 

 

Dessin de la semaine

Les fleurs du mâle

Ni dieu ni maître,mieux d'être

                                            (Jacques Prevert)

Communiqué de l'UCL

Presse : le pluralisme est entre les mains des travailleuses et des travailleurs

 

Plus de 500 salarié·es mis au chômage, des dizaines de titres de presse brutalement absents en régions, le pluralisme menacé, toute une filière ébranlée… C’était au printemps 2020, le résultat du sabotage de Presstalis par l’État et les gros éditeurs. La préservation de ce service essentiel est entre les mains des travailleuses et travailleurs.

 

Depuis plusieurs années, la distribution de la presse en France a été violemment attaquée par le ­gouvernement et les grands ­éditeurs de presse, désireux de se débarrasser de ce système né à la Libération pour garantir le plura­lisme, dans le sillage du programme du Conseil national de la Résistance. Unique au monde, ce système répondait à deux exigences : la presse doit être accessible partout sur le territoire et chaque journal doit pouvoir être distribué.

 

En découlait un fonctionnement en coopérative fondé sur la péréquation des coûts, qui permettait aux petits éditeurs d’être distribués au même titre que les gros. Ce système était encadré par la loi Bichet, votée en 1947, qui a fait l’objet de nombreuses attaques, motivées d’une part par l’égoïsme des gros éditeurs (ne voulant plus payer pour la distribution des petits), d’autre part par une volonté de démanteler un secteur où la CGT était ­solidement implantée, le Syn­dicat du Livre organisant l’intégralité des ouvrières et ouvriers des ­messageries parisiennes. Les dernières attaques remontent à 2018, quand le gouvernement a réformé la loi Bichet pour mettre fin à l’obligation du cadre coopératif et libéraliser le marché de la distribution de la presse, jusque-là limité à deux acteurs : Presstalis et les Messageries lyonnaises de presse (MLP).

 



 

Dès le départ, le Syndicat du Livre CGT a alerté sur les dangers d’une telle réforme, en particulier pour les salarié·es de la distribution – qui devraient faire face au dumping social – et pour les petits éditeurs de presse qui, faute de coopération et de péréquation, peineraient à être distribués. Dans une industrie où tous les métiers sont étroitement liés, l’ensemble de la chaîne subirait des répercussions : licenciements dans les messageries, faillites de journaux mal ou plus distribués, baisse des volumes dans les imprimeries, etc. Ou comment une réforme de la ­distribution pouvait engendrer une catastrophe pour toute une filière industrielle.

 

Liquidation à la faveur de l’épidémie

 

Le combat de la CGT du Livre contre ce projet de loi est, hélas, resté confidentiel, peinant à ­toucher l’opinion. Même les journalistes, pourtant particulièrement concerné·es, se sont montré·es peu solidaires des ouvrières et ouvriers des messageries. Ce qui aurait dû être un combat politique est ­resté un combat social, limité aux seules travailleuses et travailleurs du secteur. Résultat, la réforme est passée. Et ce que craignait le syndicat n’a pas ­tardé à arriver.

 

En avril 2020, en plein con­finement, Presstalis dépose le bilan. Trésorerie exsangue, ­dettes colossales… et une querelle entre les deux principaux actionnaires du groupe, à savoir la Coopérative des quotidiens (CDQ) et la Coopérative des magazines (CDM).

 

La crise des ventes en kiosques est une des raisons qui expliquent la faillite, mais elle est loin d’être la seule, ni la principale. Car ce qui a conduit Presstalis au bord du gouffre, c’est avant tout sa gestion chaotique, faite de petits cadeaux entre amis richissimes, de ristournes de plusieurs dizaines de millions d’euros accordées aux principaux éditeurs de presse quotidienne nationale qui, in fine, n’ont jamais payé le vrai coût de leur distribution…

 

Une crise a fini par éclater entre la CDQ et la CDM, cette dernière accusant la CDQ d’être responsable de la crise et refusant d’être ponctionnée pour maintenir le navire Presstalis à flot – les deux se rejoignant toutefois dans l’ambition de se débarrasser des ouvriers du Livre et de leur syndicat.

 

Finalement, Presstalis est placée en liquidation judiciaire en juillet 2020. Une partie de l’activité est alors reprise par une nouvelle entité, France Messagerie. Auparavant, le 15 mai, le tribunal de commerce de Paris a prononcé la liquidation, sans poursuite d’activité, de deux de ses filiales : la Société d’agences et de diffusion (SAD) et la Soprocom, chargées de la distribution de la presse en province. Cela a conduit au licenciement sec de 512 salariés et à la mise à l’arrêt, du jour au lendemain, de la distribution de la presse en régions, d’autant plus que les dépôts SAD traitaient aussi les flux du concurrent MLP.

 

Relance en coopérative de l’activité

 

En dehors de la région parisienne, la presse nationale n’a ainsi plus été distribuée pendant des mois, et les patrons se montrés bien incapables de distribuer leurs publications sans le savoir-faire des ouvriers du Livre qu’ils venaient de licencier en pleine pandémie. Vides : les maisons de la presse, les PMU ou les points Relay… sans que cela n’émeuve ni les pouvoirs publics ni les éditeurs, qui ont préféré priver de journaux des millions de personnes plutôt que de négocier avec le Syndicat du Livre.

 

Car, bien sûr, le syndicat n’est pas resté les bras croisés. Les salarié·es de la SAD sont entré·es dans un conflit dur et de longue durée : occupation des dépôts, interpellation des député·es et des ministres, blocage des circuits alternatifs de distribution que les éditeurs ont essayé de mettre en place pour les contourner, etc.

 

En parallèle, les salarié·es des dépôts SAD de Marseille et de Lyon, bien plus responsables que leurs anciens employeurs, ont relancé l’activité sous forme de régies temporaires, ce qui a permis d’alimenter à nouveau les kiosques des régions de Lyon et Marseille.

 

Mais s’ils et elles savent distribuer la presse, il est hors de question que les salarié·es assument seul·es une activité qui, au nom du pluralisme de la presse, s’apparente à une mission de service public. Ils et elles veulent donc monter des Scic [1] pour impliquer les pouvoirs publics, les éditeurs et les messageries – pour l’heure seules les MLP sont intéressées.

 

Il s’agit de pérenniser l’activité sous le contrôle des travailleuses et travailleurs eux-mêmes, et de sauver le plus d’emplois possible.

 

Guillaume Goutte (Syndicat du Livre CGT)

 

 

 

Le 8 mars : contre l’oppression des femmes par les hommes, nous serons en grève et dans la rue

 

Quand c’est dur pour tout le monde, c’est pire pour les femmes. Le contexte épidémique ne déroge pas à cette triste règle : il y a eu encore plus de violences au sein des couples pendant le confinement, les femmes perdent plus d’emplois que le hommes (les femmes sont majoritaires dans la restauration et le commerce, les emplois précaires qu’elles occupent en majorité sont ceux qui disparaissent), les premières de cordée sont encore plus exploitées que d’habitude (aides à domicile, soignantes, couturières).

 

Et pourtant le confinement a montré que c’est effectivement grâce au soin aux autres dans toutes ses dimensions, à l’écoute, au partage et à la solidarité que nous pouvons survivre au capitalisme et à ses crises. Mais les métiers du soin et du service sont redevenus invisibles et déconsidérés. Parce que ce sont des métiers de femmes, et souvent de femmes racisées.

 

Des luttes existent, longues et parfois victorieuses mais souvent négligées par les médias. Parmi elles, depuis 17 mois, la grève des femmes des femmes de chambre d’origine africaine de l’hôtel Ibis Batignolles fait figure d’exemple.

 

Partout dans le monde, les femmes manifestent contre les violences et pour leurs droits

 

Le 8 mars 2018, les femmes zapatistes lors d’une rencontre qui a réuni 8 000 femmes du monde entier,ont affirmé la nécessité d’en finir avec le système capitaliste patriarcal. Leur message fait écho à la réalité vibrante dufront des femmes duKurdistanet leur expérience au sein du confédéralisme démocratique.

 

Dans toute l’Amérique latine, de nombreuses manifestations sont organisées pour dénoncer les féminicides sous le slogan « Ni una menos » (« pas une de moins »).

 

Aux Etats-Unis, au Brésil, les femmes sont descendues massivement dans la rue contre leurs leaders d’extrême-droite.

 

En France, c’est dans les médias et sur les réseaux sociaux que les femmes victimes de la plus précoce des violences patriarcales, l’inceste, se manifestent pour que plus aucune ne soit seule.

 

Le droit à l’avortement, une revendication essentielle de notre classe

 

Ce sont les femmes les plus pauvres qui avortent dans de mauvaises conditions dans les pays où l’avortement est interdit, les autres partent ou paient. De nombreuses femmes en meurent ou gardent des séquelles importantes. Une cinquantaine de pays seulement autorisent l’avortement sans conditions autres que le délai. Avorter librement, c’est enfanter librement, c’est faire l’amour librement, c’est se libérer d’une des conséquences des viols, c’est une des premières conditions de l’émancipation, de la liberté des femmes. La victoire des femmes d’Argentine est un grand encouragement aux femmes du monde entier.

 

Vers un féminisme libertaire

 

Partout les femmes font le choix de l’action directe et délaissent l’action parlementaire.

 

Partout elles font aussi le choix de luttes collectives contre le pouvoir patriarcal, capitaliste, raciste en faveur de toutes les femmes.

 

Comme l’écrit la Coordination Anarchiste Brésilienne : Que le féminisme soit une réalité pour les femmes d’en bas et que la lutte des femmes grandisse et se répande avec combativité, soutien mutuel et sororité dans tous les coins du monde.

 

En France aussi, il nous faut construire les luttes collectives, partout mais surtout dans la rue.

 

Le 8 mars nous serons en grève et dans la rue, pour le partage des tâches domestiques et des tâches de soin aux autres, pour une organisation anticapitaliste du travail et de la production, pour le respect de toutes les identités et sexualités, pour la disparition des frontières, pour la fin des violences commises par les hommes. Nous sommes nombreuses, nous sommes fortes, nous allons changer le monde.

 

 

 

Communiqué CNTSO:

 

Libraire : un métier « passion », sans négliger nos droits !

 

Nous vous invitons à rejoindre le Syndicat des Travailleurs Unis de la Culture et du Spectacle (S.T.U.C.S.) section Employé.e.s de Librairie pour pallier l’absence de syndicat de salarié.e.s en librairie au niveau national. En France, le S.L.F., syndicat de la librairie française existe mais ne défend que les droits des patrons de librairies et de leurs structures.
Nous avons décidé de rejoindre la CNT-SO et le Syndicat des Travailleurs Unis de la Culture et du Spectacle car ils ont manifesté de l’intérêt pour notre combat et ont les capacités de nous soutenir dans notre démarche syndicale. Nous avons donc créé une section Employé.e.s de Librairie de ce syndicat dédié aux différents domaines culturels car nous croyons fermement à l’implication de la librairie et de ses employé·e·s dans la vie culturelle.

 

Nous travaillons tous·tes dans ce secteur, nous sommes tous.tes dans des structures diverses mais nous sommes tous·tes soumis·es à la même convention collective. Nous avons les mêmes droits même si nous n’avons pas toujours les mêmes problématiques.

 

Nous nous battons pour :
• Le respect de nos droits
• Le combat contre le travail dissimulé imposé par certaines structures (pression de la part de la direction à participer sur son temps personnel aux diverses animations, heures supplémentaires non comptées, nombre de pages lues imposées par semaine...)
• La meilleure représentation et qualification de notre travail
• L’amélioration de nos conditions de travail (la réécriture de la convention collective, l’augmentation de nos salaires, l’accès facilité à la formation..

 

Nous sommes là pour :
• Développer une entraide juridique en s’appuyant sur le réseau de la CNT-SO (comprendre sa fiche de paie, ses droits aux congés payés, le calcul des heures supplémentaires...)
• Créer un espace de soutien et d’accompagnement entre salarié·e·s.Ce contexte pandémique révèle aussi de nouvelles problématiques (licenciements abusifs, gestion des arrêts maladies, respect du temps de travail...) contre lesquelles nous voulons agir.

 

Notre combat n’est pas isolé. Nous sommes des milliers dans nos librairies et nous pouvons joindre nos forces afin de changer les choses. Ce syndicat s’adresse à tous.tes les salarié.e.s en librairie, non-dépositaires du pouvoir de discipline aussi bien en librairies indépendantes que dans des plus grosses structures. Ce syndicat n’accepte donc pas les gérants salariés (exception faite pour les SCOP).

 

Rejoignez-nous et luttons ensemble pour le respect de nos droits, nos combats futurs, et l’avenir de notre profession !

 

La CNT-Solidarité Ouvrière c’est :
• Le refus du corporatisme
• L’indépendance et l’autogestion
• Le refus du clientélisme et de la corruption patronale • Un outil au service des travailleuses et des travailleurs
• Un outil de coordination au service des luttes
• Un syndicalisme révolutionnaire

 

CNT-Solidarité ouvrière Syndicat des travailleurs unis de la culture et du spectacle
4 rue de la Martinique, 75018 Paris
Tel. 09 87 53 87 56

 

 

 

 

Pour la troisième fois, nous, travailleurs et travailleuses des Très Petites entreprises et Très Petites Associations, sommes appelé·e·s à voter pour élire nos représentant·e·s syndicaux. Nous sommes environ 4,5 millions à être concerné·e·s par ces élections qui se dérouleront du 22 mars au 04 avril 2021 (décalée en raison de l’épidémie du Covid-19). La plupart d’entre nous, travaillent dans des entreprises de 2 à 3 salarié·e·s. Généralement pas syndiqué·e·s, isolé·e·s, précarisé·e·s, exclu·e·s des droits syndicaux, le plus souvent mal protégé·e·s par le droit du travail, nous sommes en première ligne de l’arbitraire patronal.

 

La Confédération Nationale des Travailleurs - Solidarité Ouvrière se présente au niveau national et interprofessionnel pour promouvoir une véritable alternative syndicale et un syndicalisme de lutte de classe !

 

Voter pour la Confédération Nationale des Travailleurs - Solidarité Ouvrière s’est appuyer une véritable alternative syndicale fondée sur : le refus du corporatisme par un syndicalisme d’industrie ; le refus du clientélisme et de la corruption patronale qui conduit à la régression sociale ; un syndicalisme au service des travailleuses et des travailleurs par son action juridique et de formation ; un outil de coordination au service des luttes.

 

En votant pour la CNT-Solidarité ouvrière, les travailleuses et travailleurs se dotent d’un outil pour les luttes de demain. La CNT Solidarité ouvrière souhaite rompre l’isolement et favoriser la syndicalisation, base indispensable de l’action collective et syndicale, seule façon de défendre nos droits et en gagner de nouveaux.

 

La CNT-Solidarité ouvrière qui se réclame du syndicalisme révolutionnaire, milite pour un projet de société alternatif, à l’opposé des inégalités actuelles et loin de tout rapport de domination. Construisons-le ensemble !

 



 

Culture:

Ma terre empoisonnée de Tran To Nga

 

Elle nous regarde droit dans les yeux mais son regard n’appelle pas la peur bien au contraire il nous encourage, c’est celui d’une jeune femme volontaire et fière, celui d’une résistante. Le visage de TRAN TO NGA à 25 ou 30 ans s’affiche en couverture de son autobiographie, Ma terre empoisonnée, parue aux Editions Stock en 2016, il se superpose à celui beaucoup plus doux de la dame de 79 ans qui a le cran malgré son état de santé de se battre encore pour dénoncer les fabricants de l’agent orange qui a empoisonné et empoisonne toujours le Vietnam.

Madame Tran To Nga pourrait faire figure d’héroïne de la guerre du Vietnam, en tant que soldate Viêt-Cong dans les maquis, membre du F.N.L (Front national de libération du Sud Viêt Nam) et agent de liaison dans sa jeunesse dès 1966 jusqu’à la libération du Sud Vietnam en Avril 1975.

Emprisonnée alors qu’elle était enceinte de sa 2ème fille, elle a pu résister à la torture et elle explique comment et pourquoi « Toutes ces années de résistance, de solitude, d’apprentissage de la guerre, de manque, m’ont endurcie comme les cailloux de la piste de Truong Son (la piste Ho Chi Minh) je ne dévierai pas de mon axe, je ne les laisserai pas percer ma cuirasse, me pousser à renier mes idéaux, tout ce à quoi j’ai cru jusqu’à présent ».

Son passé de résistante ne l’empêche pas d’être critique vis-à-vis des dirigeants « Mes années d’après-guerre sont celles d’un malaise sans fin ».
En cause, le climat de suspicion, l’injuste confiscation des biens, les pesanteurs bureaucratiques. Elle compatit au désespoir d’une partie du peuple. Elle comprend l’exode des boat people.

Avec le recul, sans renier sa jeunesse, elle reconnait que le communisme « n’était pour moi qu’une abstraction lointaine qui ne me concernait pas vraiment. Bien sûr, on nous a répété mille fois que nous devions fidélité au parti. J’y croyais, je l’assume volontiers mais sans être prisonnière d’un carcan idéologique ».

C’est une femme libre aujourd’hui qui témoigne, sans autre parti que celui de la paix et la justice. Son livre écrit avec la collaboration de Philippe Broussard, apporte un éclairage concret sur cette guerre du Vietnam (1er Novembre 1955 au 30 Avril 1975) - entre 1945 et 1975, guerre d’Indochine et guerre du Vietnam inclus, 4 millions de civils ont perdu la vie sans compter les millions de soldats – Il se concentre sur son parcours de résistante, l’environnement familial - marqué notamment par la figure de sa mère, une personnalité reconnue, Présidente de l’Union des femmes de la libération du Sud Vietnam, Nguyen Thi Tu- sachant que ses combats recouvrent ceux de millions d’autres Vietnamiens anonymes. C’est parce qu’elle n’a pas succombé au désespoir malgré les deuils terribles qu’elle a dû affronter qu’elle considère comme un devoir le fait de témoigner.

Nous savons tous que la guerre meurtrit aussi bien les esprits que les corps. On pourrait dire d’elle « Elle n’a que ce mot à la bouche, la paix » Mais il faut avoir vécu la guerre pour saisir dans sa chair toute la valeur de ce mot PAIX.

Je revois avec un peu d’amertume dans une émission de télé, cette femme au milieu de journalistes affairés, qui ne dispose que de quelques minutes pour parler du procès du 25 Janvier dernier. Elle n’a plus le visage conquérant de la jeunesse, elle est âgée, fatiguée, malade, mais en la regardant comment ne pas être émus par sa présence, cette humanité dont rendent parfois si mal compte les tanks de l’information.

C’est en 2009, lors de son intervention au Tribunal international d’opinion de soutien aux victimes de l’agent orange, qu’elle a été contactée par André BOUNY (fondateur du Comité international de soutien aux victimes de l’agent orange) qui l’a enjoint de poursuivre les multinationales américaines. Elle a tout d’abord refusé puis elle a changé d’avis. C’est son dernier combat que justifient toutes ses luttes antérieures. Elle ne peut pas se taire. Elle connait la situation des victimes de l’agent orange qu’elle a rencontrés dans les dispensaires soutenus par l’Association VAVA dans sa région natale du Mékong.

Elle se sait promue porte-parole d’une cause quelque peu oubliée en Occident « quand je parle de l’agent orange en France ou ailleurs les gens savent de quoi il s’agit mais ils sont convaincus que ce terme renvoie au passé, à l’Histoire, que tout est fini depuis des décennies. C’est faux et il faut le dire, le répéter haut et fort : les maladies se transmettent de génération en génération. »

Il faut prendre le temps de lire Ma terre empoisonnée. Il ne s’agit pas d’un roman mais d’un témoignage qui force le respect par sa sobriété, sa clarté et nous parle d’un Vietnam plus intime – sans doute faut-il lire aussi entre les lignes car le propos de Madame Tran To Nga n’est pas de s’épancher ni de faire figure d’héroïne - Il faut imaginer comment elle a dû fouiller dans sa mémoire nécessairement douloureuse pour faire remonter à la surface le plus justement possible, ces souvenirs, ces faits qui ne parlent pas seulement de son immersion dans l’Histoire mais évoquent aussi des visages, des individus ( Aucune famille vietnamienne n’a été épargnée) dont les histoires bien au-delà de la grande Histoire vont nous poursuivre de génération en génération.

Eze, le 1er Mars 2021

Evelyne Trân

 

Alors que le Covid-19 continue ses ravages C’est la peste kaki qui nous menace…

 

« L’erreur de ceux qui, de bonne foi dans leur amour de la liberté, ont accordé à la souveraineté du peuple un pouvoir sans bornes, vient de la manière dont se sont formées leurs idées en politique. Ils ont vu dans l’histoire un petit nombre d’hommes ou même un seul, en possession d’un pouvoir immense, qui faisait beaucoup de mal ; mais leur courroux s’est dirigé contre les possesseurs du pouvoir, et non contre le pouvoir lui-même. Au lieu de le détruire, ils n’ont songé qu’à le remplacer. »
Benjamin Constant (Principes de politique)

Actuellement, les tenants du capitalisme ferraillent dur pour trouver le meilleur candidat susceptible, lors des prochaines élections présidentielles, de représenter et défendre leurs intérêts. Certes, ils fourbissent leurs armes car leurs partis traditionnels (droite, PS, centre) se sont discrédités au point de faire naufrage.

La République en marche, un parti gobe-mouches

Le dernier en date (la République en marche), le parti gobe-mouches de Macron, a tenté de rassembler en son sein les rescapés.es de tous les partis, cela s’avère un échec total et ce malgré les mesures autoritaires, la répression et les lois liberticides qu’il a mises en place.
Le danger a été grand que Macron et sa bande se fassent déborder par le peuple très en colère (les Gilets jaunes, les personnels soignants, les avocats, les retraité.es, les cheminots…), mais les menaces sont toujours plus que présentes.
Il faut donc que, lors des prochaines élections présidentielles, sorte de cette « loterie » le candidat idoine propre à défendre et protéger leurs intérêts et ceux du grand patronat et ce, sans fléchir. C’est-à-dire être implacable face au peuple.
Cette fois, ils ont le choix entre plusieurs nuances de la peste brune. Ou ils continuent avec l’apprenti sorcier « Macron » qui pourtant n’a pas démérité mais est à leurs yeux un peu tendre. Ou ils font appel à l’hystérique Marine Le Pen qui servira leurs intérêts sans sourciller en employant la manière encore plus forte pour faire rentrer dans le rang les récalcitrants. Elle tient la corde mais à leurs yeux pas suffisamment sinon il y a belle lurette qu’ils l’auraient propulsée au pouvoir pour gérer leurs affaires. Son inconstance ne les rassure pas. L’expérience de Macron les a sûrement échaudés. Comme le disait Louise Michel, le pouvoir est maudit. Il rend fou.

Un de Villiers peut en cacher un autre...
Ce qui les amène aujourd’hui avec l’aide des médias serviles à courtiser le général Pierre de Villiers. À leurs yeux, ce militaire est paré de toutes les vertus et qui plus est, il a des comptes à régler avec Macron qui l’a limogé ou contraint à la démission, un certain 19 juillet 2017.

 



 



 

Il mettra au pas le peuple, et ceux qui n’obéiront pas et qui n’auront pas le petit doigt sur la couture du pantalon ou ne seront pas alignés, les récalcitrants, il les punira en leur imposant le parcours du combattant, celui qui forge les vrais hommes (sic).
Actuellement, le bougre se fait désirer. Il joue « à je t’aime moi non plus ». Pour le moment, il écarte tout désir d’être candidat à la présidentielle mais, si les circonstances l’y obligent et que l’appel des siens (les militaires) se fait pressant, il ira… en tant que militaire il a le devoir d’obéir et de réparer la France, dit-il.
Il ajoute qu’il faut adapter les textes de l’État de droit pour être en mesure de faire de manière opérationnelle, un certain nombre de choses qu’on a du mal à faire manifestement. Il ne faut pas être grand clerc pour comprendre que le tout répression sera à l’ordre du jour. L’État policier et militaire sera instauré, la violence et l’ordre seront quotidiens. Il préconise les manières fortes pour faire entrer dans le rang les déviants. Les terroristes ou assimilés n’ont qu’à bien se tenir.
Au sujet des jeunes, il dit «
Je les respecte, ils sentent mon autorité, mon humanité, je les aime. » (re-sic). À condition qu’ils soient obéissants et disent « oui chef ».
Pour justifier ses dires, il précise : qu’il ne cherchera qu’à transmettre ce qu’il a appris en tant que militaire d’expérience et familier de l’appareil d’État. Cela on peut lui faire confiance, il a bourlingué, baroudé et supervisé les différents conflits dans le monde (au Kosovo, au Mali, en Afghanistan, en Irak, en Syrie, en Centrafrique) lorsqu’il était chef de cabinet militaire du Premier ministre François Fillon, sous la présidence de Sarkozy, de 2008 à 2010.

 

C’est certainement pour bons et loyaux services qu’il sera nommé général d’armée en 2010. Il sera nommé chef d’État-major des armées de 2014 à 2017 auprès de Hollande et reconduit sous Macron avant d’être remercié par le « chef suprême » des armées, le même Macron.

Un coup d’État soft ?

Pierre le Jolis de Villiers de Saintignon est devenu la coqueluche des médias, les patrons s’arrachent ses interventions, il est l’invité des « grandes écoles ». Il multiplie les conférences, les tables rondes à HEC, Sciences-Po lui confie des cours... Ses interventions et diagnostics sont repris en boucle comme celle où il estime qu’il y a désormais un risque de guerre civile en France.
Mais cette déclaration suinte à grosses gouttes la haine et la peur du peuple, je le cite : «
La faiblesse du peuple (re-re-sic) qui subit la crise sanitaire, la crise sociale et la crise économique, fait que nous sommes vulnérables et il y a un risque de guerre civile. » Ce qu’il ne dit pas, mais il le pense très fort, c’est qu’il faut à la tête du pays un homme fort, un homme qui n’hésitera pas à prendre des mesures radicales et rapidement. Un militaire !
L’homme prétend être doté d’une grande expertise et d’un savoir-faire que n’ont pas ces deux principaux concurrents : Macron aime l’armée mais il n’a pas fait son service militaire et cela est un handicap pour gouverner et diriger, même s’il fait voter des lois de plus en plus répressives et scélérates, il n’a pas les couilles et tarde à les mettre en application.
Il trouve que Marine Le Pen, malgré que ce soit une femme et qu’elle n’ait pas fait son service militaire, fait un certain nombre de constats - comme le patriotisme, l’immigration, le racisme, l’insécurité, la lutte contre l’islamisme, la souveraineté - qui vont dans le bon sens. Ces constats sont, dit-il, trop souvent cadenassés par le pouvoir en place. Mais surtout les solutions qu’elle propose ne sont pas les bonnes.
Il méprise les élus(es) et les partis politiques qui, dit-il, ont fait leur temps, ils sont discrédités auprès des citoyens, le danger est grand de voir le peuple prendre le pouvoir. Il brandit « le risque de guerre civile » et s’apitoie sur le sort du peuple car, dit-il, si cela arrivait, les Français et les Françaises se tueraient entre eux. Ce grand humaniste veut éviter un bain de sang et se pose en sauveur !
L’armée cénacle du parler vrai et du marcher droit ! Ce qu’il faut éviter à tout prix c’est que justement l’armée (les militaires) accède au pouvoir. Sinon, une chape de plomb s’étendra sur le pays et les libertés seront emprisonnées. Seul le peuple libéré de ses chaînes et uni peut s’opposer à cette espèce de coup d’État en préparation avec la complicité des Macron, Le Pen, Hollande, Sarkozy et l’ensemble de la classe politicarde qui déblayent le terrain.
Je vais terminer en citant un extrait de la lettre qu’Élisée Reclus a adressée à Jean Grave, le 26 septembre 1885 et qui montre à quel point, il est suicidaire de se faire représenter par des maîtres. Cette lettre est aujourd’hui, en 2020 d’une actualité criante : «
Voter, c’est abdiquer ; nommer un ou plusieurs maîtres pour une période courte ou longue, c’est renoncer à sa propre souveraineté. Qu’il devienne monarque absolu, prince constitutionnel ou simplement mandataire muni d’une petite part de royauté, le candidat que vous porterez au trône ou au fauteuil sera votre supérieur. Vous nommerez des hommes qui sont au-dessus des lois, puisqu’ils se chargent de les rédiger et que leur mission est de vous faire obéir. »

Justhom

 

 

 


HISTOIRE:

 

Parler de Cronstadt après Alexandre Skirda me semble une tentative vaine. Il a consacré plusieurs ouvrages à cet événement, qui furent des étapes successives vers la version finale publiée en février 2017 aux éditions Spartacus. Ce dernier ouvrage met selon moi un point final à la question, du moins pour un bon moment, jusqu’à ce que de nouvelles sources primaires soient trouvées. Alexandre a eu accès à des sources russes originales qui permettent de balayer tous les mensonges qui ont été diffusés par le mouvement communiste sur les causes de l’insurrection des marins de cette base navale qui réclamaient des soviets libres et l’égalité des rations alimentaires entre communistes et non communistes. Dans le présent texte je n’ai pas l’ambition d’ajouter quoi que ce soit à ce que Skirda a déjà écrit mais de dresser un rapide tableau général du contexte politique et économi que qui a conduit à l’insurrection de mars 1921, en m’attardant sur le point de vue interne au mouvement communiste.


La révolution russe a longtemps été un enjeu politique ; elle a été instrumentalisée, utilisée par les propagandes diverses, chacune ne retenant que les aspects qui confirmaient sa propre optique de l’histoire, ou qui convenaient à sa propre perspective du présent. Le mouvement libertaire n’échappe pas à cette tendance, dans la mesure où il axe son discours sur la révolution sur deux événements portés à un statut quasi mythique, le mouvement makhnoviste et l’insurrection de Cronstadt. Pourtant l’insurrection de Cronstadt, en 1921, n’est que la conclusion d’un processus de plusieurs années de contre-révolution et ne saurait donc expliquer cette contre-révolution.

Les libertaires ont vécu avec des images d’Épinal de héros vaincus, dans le souvenir de la répression de Cronstadt (ou dans celle du mouvement makhnoviste), comme si la liquidation de ces deux mouvements était la seule manifestation de la contre-révolution bolchevique. La répression de l’insurrection de Cronstadt a eu tendance à occulter d’autres révoltes ouvrières qui ont été réprimées dans des bains de sang, notamment celle d’Astrakhan en mars 1919. Il y a eu beaucoup de « Cronstadt »

Pour comprendre cette situation, il faut avant tout comprendre quelle était la situation sociale et économique de la Russie à la veille de l’insurrection de Cronstadt. Il faudra également faire un « audit » sur la nature du parti communiste à la veille du Xe congrès qui décida la répression de l’insurrection. Nous verrons quelles furent les réactions des différents courants communistes face à l’insurrection.

L’approche que j’ai choisie pour aborder ce centième anniversaire de l’insurrection de Cronstadt consiste à considérer cet événement dans son contexte global.


La situation sociale en Russie

Les années de guerre civile sont souvent mentionnées comme une des causes de la dégénérescence bureaucratique de la révolution, pour les destructions qu’elle a causées, pour l’effort inouï qu’elle a exigé du prolétariat russe et le laminage qu’elle a effectué auprès de l’avant-garde de la classe ouvrière. Les destructions et les sacrifices ont effectivement été considérables. Cependant il faut considérer que l’état de délabrement de l’économie n’a pas été provoqué par la guerre civile elle-même : cette dernière a simplement accéléré un processus commencé déjà bien avant, dès le début de la guerre impérialiste.

Le laminage des effectifs du parti, des militants les plus conscients et expérimentés doit être considérablement relativisé. Non pas qu’il n’ait pas eu lieu, mais il faut garder à l’esprit que les effectifs du parti bolchevik en 1916 sont, selon Pierre Broué [note] , de 6 000 ; ils passent à 15-17 000 en février 1917, à 115 000 en octobre 1917, 250 000 fin 1918 pour atteindre 600 000 fin 1920. Si on peut parler d’un « laminage » de « l’avant-garde », cette « avant-garde » était de toute façon extrêmement restreinte. Lorsqu’on lit que dans les années 20 il ne restait que 8 % des militants du début de la révolution, 8 % de 15 000 donnent 1200 si on prend les effectifs de Février 1917, 9200 si on prend les effectifs d’Octobre 1917. Le raisonnement est absurde.

Si on peut parler de laminage, c’est plutôt de celui de la classe ouvrière qu’il s’agit. Le prolétariat industriel en 1917 était de 3 millions ; il tombe à 2,5 millions en 1918, 1,48 million en 1920 et 1,24 million en 1921 (selon Carr). En octobre 1921, Lénine déclare que le prolétariat « a cessé d’exister en tant que prolétariat », « le prolétariat a disparu » [note] . Mais en même temps, il y a 5 millions de fonctionnaires !

La dégénérescence bureaucratique du régime est avant tout la conséquence d’un choix politique : le sureffectif de fonctionnaires qui pourraient être plus utiles en production ; l’incompétence crasse de ces fonctionnaires à organiser l’économie.

En 1922 Boukharine déclara que « la ruine économique, le déclin de la production s’accompagnent indéniablement du déclin de la saine psychologie prolétarienne, ce qui, en faisant tomber le prolétariat au niveau d’une foule en haillons et en transformant des éléments ouvriers de valeur, avec une tradition d’activité productive, en éléments déclassés, crée une situation qui favorise plus ou moins les tendances anarchistes ». La situation semblait suffisamment grave pour que Boukharine soit chargé de rédiger un article contre l’anarchisme« [note] !

En réalité, les effectifs de la classe ouvrière en production ont diminué parce qu’il n’y avait plus grand chose à produire ; La tentative psychologisante faite par Boukharine consistant à déprécier la classe ouvrière sert à masquer le fait que le prolétariat restait extrêmement militant, mais qu’il était mobilisé contre le pouvoir communiste ! La classe ouvrière a continué de mener des actions collectives pendant toute la guerre civile : « chaque vague de protestation fut plus puissante que la précédente, culminant dans le mouvement de masse de la fin de 1920 », écrit Richard Sakwa. Au début de 1921, « des unités de l’armée appelées à intervenir contre des ouvriers en grève refusèrent d’ouvrir le feu et furent remplacées par des détachements communistes armés », qui n’hésitèrent pas à tirer. « Le jour suivant, plusieurs usines se mirent en grève » et certains régiments « furent désarmés et consignés dans leurs casernes par mesure de précaution » par le gouvernement qui craignait de possibles fraternisations. A Moscou, à Petrograd des grèves sauvages éclatent et les mêmes revendications sont posées dans les assemblées d’usine : ravitaillement, politique paysanne, liberté d’expression. Le 23 février 1921, « Moscou fut placé sous la loi martiale tandis que des détachements communistes et des unités fidèles de l’armée montaient la garde vingt-quatre heures sur vingt-quatre devant les usines » [note] . On voit donc que l’insurrection de Cronstadt, qui eut lieu une semaine plus tard, n’est pas un événement désincarné, hors de contexte.

Cette insurrection a quelque peu occulté la grève générale de Petrograd qui en est à l’origine. Le soviet de la ville y répond en fermant certaines usines, dont l’usine Poutilov qui avait donné le signal de départ de la révolution de Février. Les rassemblements dans les usines sont interdits mais le mouvement s’étend à Moscou. Le couvre-feu est instauré, l’état de guerre est décrété.

Les grèves avaient été endémiques pendant toute l’année 1920, montrant une opposition massive de la classe ouvrière au régime : « au cours des six premiers mois de 1920 des grèves se produisirent dans 77 % des grandes usines et des entreprises de taille moyenne », écrit J. Aves [note] .

On comprend très bien que dans la littérature communiste la classe ouvrière, même réduite en nombre, disparaisse comme acteur positif de l’histoire dans la mesure où maintenant elle s’oppose au régime qui la réprime et qui a anéanti toute organisation ouvrière autonome. Le slogan des marins de Cronstadt : « Les soviets sans les communistes » n’avait en lui-même pas de sens dans la mesure même où s’il y avait eu des élections libres, les communistes auraient été balayés : l’opposition au régime communiste est moins le signe de effondrement de la classe ouvrière que celui de sa politisation croissante.


Mais il n’y a pas que la classe ouvrière. Pendant la période 1920-1921, toute une série de soulèvements paysans s’étendit sur le pays. Le mouvement makhnoviste en Ukraine ne fut pas le seul. Des révoltes éclatent à Tambov, Tioumen entre autres, motivées par la protestation contre les réquisitions et les excès qu’elles provoquèrent.

A Tambov la révolte démarra en 1920 à la suite de la réquisition forcée du grain par les autorités bolcheviques. En 1920, les réquisitions furent portées de 282 000 tonnes à 442 000 tonnes dans la région. La révolte débuta le 19 août 1920 dans la petite ville de Khitrovo, où se forma une armée paysanne locale, appelée « armée bleue ». Contrairement à la plupart des autres armées de la guerre civile qui avaient essaimé dans toute la Russie, l’armée bleue se basait sur une organisation politique d’inspiration socialiste-révolutionnaire, l’« Union des paysans travailleurs ». Un congrès tenu à Tambov abolit l’autorité soviétique et vota la création d’une assemblée constituante indépendante et la cession de toute la terre aux paysans.

L’un des chefs de la révolte, Alexandre Antonov, avait rejoint les bolcheviks pendant la révolution mais opposé aux réformes agraires de ces derniers, il rejoignit l’aile radicale du parti socialiste révolutionnaire. Les troupes qu’il organisa contre les bolcheviks étaient bien organisées, très efficaces. En octobre 1920, l’armée paysanne comptait plus de 50 000 hommes, renforcée par de nombreux déserteurs de l’Armée rouge. En janvier 1921, la révolte se répandit aux régions de Samara, Saratov, Tsaritsyne, Astrakhan et de Sibérie.

La révolte de Tambov n’était pas terminée lorsque Toukhatchevski fut chargé de la répression de l’insurrection de Cronstadt. Pour mettre fin à la résistance acharnée de la population de Tambov, l’usage de gaz fut décidé. Le général Toukhatchevski ordonna : « Tout doit être calculé pour que la nappe de gaz pénètre dans la forêt et extermine tout ce qui s’y cache. L’inspecteur de l’artillerie doit fournir immédiatement les quantités requises de gaz asphyxiants ainsi que des spécialistes compétents pour ce genre d’opération. [note] »

« L’annonce de l’intention d’utiliser des armes chimiques est intervenue le 12 juin 1921, dans un ordre "opérationnellement secret" signé par Toukhatchevski et son chef d’état-major, N. E. Kakourine. Comme Toukhatchevski, Kakurin était un vétéran de la Première Guerre mondiale avec une expérience de commandement. Leur connaissance des gaz toxiques était probablement intime, d’autant plus que l’armée russe a souffert plus que tout autre belligérant des effets du chlore et du gaz moutarde.L’ordre du 12 juin expliquait que les groupes rebelles restants étaient maintenant effectivement isolés des villages et de la population partisane par les mesures prises depuis l’arrivée de Toukhatchevski à Tambov. » [note]


On peut mesurer la résistance féroce de la population à un aveu que dut faire Toukhatchevski, qui reconnut que la décision d’introduire des armes chimiques dans le conflit de Tambov avait été un d’échec. Lors de la réunion d’une Commission Plénipotentiaire, il fit une déclaration reconnaissant son incapacité à respecter le délai d’un mois que lui avaient donné ses supérieurs politiques à Moscou.

Il fallut toute l’année 1921 pour étouffer le soulèvement. Antonov fut tué en 1922 pendant son arrestation. Les pertes totales parmi la population de la région de Tambov sont estimées à 240 000 personnes au moins. L’ampleur des pertes consécutives à la répression de ce soulèvement sont hors de proportion avec celles de Cronstadt.


L’insurrection de Cronstadt éclate le 1er mars 1921. On connaît la suite : l’échec des négociations, la décision des bolcheviks d’attaquer pendant que la glace n’a pas encore fondu et avant que la mer libérée ne protège à nouveau l’île et la flotte, qui constituerait alors une base possible pour n’importe quelle intervention extérieure. Zinoviev parle de tirer les insurgés “comme des perdreaux".

L’offensive est meurtrière, puisque les canons de la forteresse tirent sur la glace où avancent les soldats de l’Armée rouge : 10 000 (?) tués sur 50 000 hommes. Les vainqueurs sont sans pitié, des milliers d’insurgés furent massacrés, exécutés par la Tchéka ou envoyés en camp de concentration. 7 000 insurgés s’enfuient sur la mer gelée pour rejoindre la Finlande voisine, où les attendent aussi des camps de concentration. De plus, afin d’effacer toute trace du soulèvement, le Soviet fut dissous et on effectua une gigantesque purge pour empêcher que les “microbes” ne se propagent ! Cronstadt va devenir un des symboles (les autres étant l’AIT et la répression stalinienne en Espagne) de l’opposition irréductible entre marxistes et anarchistes.


Le parti bolchevik
Au-delà de l’aspect tragique de la répression organisée par le pouvoir bolchevik contre l’insurrection de Cronstadt, ce qui est en jeu est l’attitude de ce pouvoir par rapport à la moindre dissidence et le refus catégorique d’envisager la moindre alliance politique avec d’autres forces révolutionnaires. Et l’un des principaux arguments pour refuser toute alliance est de considérer que tous les autres courants révolutionnaires sont en fait réactionnaires. Puisque les insurgés de Cronstadt réclamaient la liberté d’élections dans les soviets, ils étaient donc considérés par essence réactionnaires. En 1921, les bolcheviks savaient très bien que l’organisation d’élections dans les soviets en Russie serait catastrophique pour eux. Le refus de toute alliance est consubstantiel au parti bolchevik, bien que nombre de dirigeants aient prévenu Lénine du danger à s’engager dans cette voie.


Après Octobre 1917 une majorité du parti bolchevik avait imposé à Lénine l’entrée des mencheviks dits internationalistes et des Socialistes révolutionnaires de gauche, en dissidence avec leurs partis respectifs, dans les instances du gouvernement. Lénine ne voulait absolument pas de ces alliances. De fait, cette période d’alliance ne dura pas longtemps. Même si les hésitations des représentants de ces courants non bolcheviks ont une part de responsabilité dans l’isolement du parti bolchevik face au pouvoir, il reste cependant vrai que les bolchéviks, et en particulier Lénine, n’ont pas vraiment cherché à construire des coalitions avec les autres forces politiques du pays. Majoritaires dans les soviets des principales villes, ils ne l’étaient pas à la campagne, où les socialistes révolutionnaires étaient largement majoritaires. En outre, les mencheviks, très implantés dans les syndicats, les socialistes révolutionnaires et les anarchistes représentaient ensemble une force réelle.

Pour Lénine, la situation était claire. Il déclara en mai 1918 : « Maintenant le pouvoir est conquis, conservé, consolidé entre les mains d’un seul parti, le parti du prolétariat, (…) parler maintenant d’esprit conciliateur, alors qu’il n’est pas et qu’il ne saurait être question de partager le pouvoir, de renoncer à la dictature du prolétariat contre la bourgeoisie... » [, mai 1918." class="notebdp">note]

Le refus d’une représentation politique pluraliste non seulement isole les bolcheviks mais les contrait à user de méthodes administratives dictatoriales, à avoir recours de plus en plus à la répression et à la terreur contre toutes les autres organisations politiques mais aussi contre toute institution de la société civile qui aurait pu échapper à leur contrôle, telles que les coopératives, qui auraient pu assurer une grande partie de la production et de la distribution alimentaires.

Chaque crise mettant en cause le pouvoir voit une réponse non pas dans l’assouplissement des mesures qui provoquent ces crises mais dans un accroissement de la centralisation, du contrôle étatique et de la répression. Cette situation dramatique est parfaitement illustrée dans les revendications des marins de Cronstadt qui expriment parfaitement la crise globale vécue par la société russe. Cette tendance à l’hyper-centralisation verra son apogée dans l’idée de militarisation du travail et des syndicats, développée par Trotski mais partagée par beaucoup de dirigeants communistes. On peut dire au crédit de Lénine qu’il refusa de s’engager sur cette voie, bien que ce ne fut pas par scrupule humaniste mais parce qu’il percevait parfaitement l’impossibilité de la mise en œuvre d’une telle politique. D’ailleurs Trotski lui-même reviendra rapidement sur cette idée inepte.

Lorsque l’insurrection éclate, la guerre civile est terminée et gagnée sur presque tout le territoire. Se pose donc la question de la sortie du « communisme de guerre » avec ses réquisitions à la campagne et ses milices dans les usines pour contraindre les ouvriers à la production. Pourtant, rien ne semble avancer. Les soulèvements sont nombreux à la campagne, la situation n’était guère meilleure dans les usines où les soviets se survivaient sur le papier. Il fallut le soulèvement des marins de Cronstadt, complétant un tableau catastrophique, pour que des mesures soient prises. Lors du Xe congrès du parti, qui se tint en même temps que l’insurrection, Lénine s’exclama : « C’est l’éclair qui a illuminé plus vivement la réalité que tout le reste ».


Dans ce contexte, les marins de Cronstadt décident de s’informer de ce qui se passe à Petrograd et y envoient une délégation. Mais l’insurrection débute vraiment le 1er mars : ce jour-là, une assemblée de plusieurs milliers de marins se tient sur la place de l’Ancre. La résolution qui y est adoptée a été rédigée la veille par les équipages des deux cuirassés. Elle comporte treize points, qu’il faut bien citer pour comprendre les enjeux de la rébellion. S’adressant en gouvernement, les marins déclarent :


« Étant donné que les soviets actuels n’expriment pas la volonté des ouvriers et des paysans, il faut :
1) procéder immédiatement à la réélection des soviets au moyen du vote secret. La campagne électorale parmi les ouvriers et les paysans devra se dérouler avec la pleine liberté de parole et d’action ;
2) établir la liberté de parole pour tous les ouvriers et les paysans, les anarchistes et les socialistes de gauche ;
3) accorder la liberté de réunion aux syndicats et aux organisations paysannes ;
4) convoquer en dehors des partis politiques une conférence des ouvriers, soldats rouges et marins de Petrograd, de Cronstadt et de la province de Petrograd pour le 10 mars au plus tard ;
5) libérer tous les prisonniers politiques socialistes ainsi que tous les ouvriers, paysans, soldats rouges et marins, emprisonnés à la suite des mouvements ouvriers et paysans ;
6) élire une commission chargée d’examiner le cas des détenus des prisons et des camps de concentration ;
7) abolir les « sections politiques », car aucun parti politique ne doit bénéficier de privilèges pour la propagande de ses idées, ni recevoir de l’État des moyens financiers dans ce but. Il faut les remplacer par des commissions d’éducation élues dans chaque localité et financées par le gouvernement ;
8) abolir immédiatement tous les barrages [c’est-à-dire les réquisitions, NDR] ;
9) uniformiser les rations pour tous les travailleurs, excepté pour ceux qui exercent des professions dangereuses pour la santé ;
10) abolir les détachements communistes de choc dans toutes les usines de l’armée et la garde communiste dans les fabriques et les usines. En cas de besoin, ces corps de garde pourront être désignés dans l’armée par les compagnies et dans les usines et les fabriques par les ouvriers eux-mêmes.
11) donner aux paysans la pleine liberté d’action pour leurs terres ainsi que le droit de posséder du bétail à condition qu’ils s’acquittent de leur tâche eux-mêmes, sans recourir au travail salarié ;
12) désigner une commission ambulante de contrôle ;
13) autoriser le libre exercice de l’artisanat sans emploi salarié. »


Et la résolution se conclut par les deux points suivants :

« 14) Nous demandons à toutes les unités de l’armée et aussi aux camarades « élèves officiers » de se joindre à notre résolution ;
15) Nous exigeons que toutes nos résolutions soient largement publiées dans la presse. »



Ce texte fut voté à l’unanimité, y compris les militants bolcheviks, sauf par Vassiliev, Kalinine et Kousmine, des dirigeants bolcheviks qui traitèrent les marins de « vauriens » et les menacèrent.

Une nouvelle assemblée devait désigner un nouveau soviet le lendemain 2 mars mais les choses tournèrent autrement. Une rumeur circulait selon laquelle Cronstadt était encerclée par des détachements de l’Armée rouge.

Trois dirigeants communistes sont arrêtés et un Comité révolutionnaire provisoire est créé à la place du soviet. Selon Henri Arvon, ce comité fut désigné à main levée ; selon Jean-Jacques Marie, auteur trotskiste, il a été désigné par un présidium de cinq personnes. Pour Paul Arvich un comité révolutionnaire élargi de 15 membres a été élu le 4 mars par 200 délégués des usines et des unités militaires de la base navale [note] .
Pour le gouvernement communiste, c’était une provocation qui marqua le véritable début de l’insurrection.

(à suivre)

 

par René Berthier